07
L’extraction de la balle ne devait pas durer plus d’une heure. La lutte contre la mort devait durer plus de huit jours. Le docteur Briard, oubliant qu’il avait à Paris une clientèle, ne voulut point confier à ses confrères la vie qui était en danger.
Comme s’il eût soigné un frère, il ne quitta pas le chevet du malade, fit appel à toute son énergie, à toute sa science et connut l’âpre joie de triompher.
Parfois, dans les heures où il était seul à suivre l’évolution de la fièvre, il se disait :
« Si je le laissais mourir qui songerait à me le reprocher ? Alors Solange serait libre et j’arriverais facilement à m’en faire aimer. »
Le bonheur qu’il avait rêvé de connaître, il le tenait entre ses mains.
Eh bien ! non. Il n’avait pas le droit de livrer à la mort l’homme qu’il avait ramené une première fois à la vie et qui avait voulu le tuer. Il n’avait pas le droit de voler à un pauvre homme la femme qu’ils aimaient tous les deux ; pas le droit d’enlever à un enfant son père.
Lorsque Pierre Journiac put parler il murmura, en reconnaissant celui qui le soignait :
— Vous ! Vous encore !
— Je fais mon devoir, répondit simplement le médecin.
— Je ne vous ai donc pas tué ?
— Si vous m’aviez tué vous auriez commis une erreur criminelle.
— Pourquoi êtes-vous allé rejoindre Solange chez sa tante ? Et d’abord, comment saviez-vous qu’elle était là ?
— Je l’ai recherchée pour vous la ramener.
— Vous mentez ! Vous mentez encore ! Elle est votre maîtresse. Allons ! reconnaissez-le et laissez-moi mourir pour faire cesser l’horrible souffrance que vous m’avez infligée.
— Mon pauvre ami ! dit Michel. Si vous saviez…
La porte s’ouvrit et Solange pénétra dans la petite salle. Alors, le docteur Briard fit un pas vers elle et, montrant le blessé :
— Mon rôle est terminé, madame, dit-il. C’est à vous que je confie votre mari. Vous achèverez de le guérir, j’en ai la certitude.
Il s’adressa à Pierre Journiac :
— Croyez ce qu’elle vous dira, monsieur ; ce sera la vérité.
Il se retira, n’emportant de Solange qu’un merci et une poignée de main. Il souffrait au fond de son cœur mais il avait l’âme sereine. Combien d’hommes auraient-ils été capables d’un tel renoncement ? Combien auraient-ils fait ce qu’il avait fait ?
Bah ! Il guérirait, lui aussi. Et peut-être, un jour, aimerait-il une autre femme…