08
Solange s’assit au chevet de son mari.
— Pierre, mon ami, dit-elle.
Il rouvrit les yeux qu’il avait fermés pour lui signifier qu’il ne voulait plus la voir, car cet appel était descendu jusqu’au fond de son âme. Hostile encore, cependant, il demanda :
— Que me veux-tu ?
— Te demander s’il est vrai que tu aies voulu mourir, un soir, parce que j’étais partie.
— Il t’a dit cela ?
— Il me l’a dit. Pourquoi n’es-tu pas venu chercher à me reconquérir ? Je t’aurais suivi, je t’assure.
— Savais-je où tu étais ?
— Avec un peu de bonne volonté… Avais-tu oublié que j’avais une tante à La Sauvagère ?
— Je souffrais tellement, tellement ! Je souffre encore, parce que vous me mentez.
— Pierre ! Mais voyons, si j’avais eu un amant c’est chez lui que je serais allée ! Lorsque tu seras guéri tout à fait et que tu pourras sortir, tu demanderas à ma tante. Elle te dira que je suis arrivée chez elle le lendemain du jour où je t’ai laissé et que je n’ai pas quitté un seul jour sa maison.
— Mais lui ?
— Le docteur Briard ? S’il ne t’avait pas rencontré un soir, sur les bords de la Seine, il n’aurait jamais plus pensé à moi.
— Pourquoi gardais-tu son portrait ?
— Es-tu sûr que c’était le sien ?
— Dis-moi la vérité, Solange ; j’ai besoin de savoir.
— Écoute…
Solange fit à son mari le récit qu’avait entendu Michel et, lorsqu’elle l’eut achevé, elle dit :
— Ce que je viens de te dire là est la pure vérité. Sur la tête de notre enfant je le te jure.
— Pourquoi, demanda Pierre, ne m’as-tu pas dit cela le soir où j’ai découvert le portrait ?
— Te souviens-tu de l’état d’exaltation où tu te trouvais ? Et moi j’étais excédée. Dire que nous aurions pu être si heureux !
— Nous ne le serons plus jamais, Solange !
— Parce que tu douteras toujours ?
— Parce que je ne serai jamais qu’un bon à rien !
Solange soupira.
— Allons ! Voilà que ça recommence !
— Excuse-moi. J’aurais tant voulu te donner une vie large, aisée, te choyer…
Soudain, Pierre Journiac se mit à pleurer. Ses larmes achevèrent de fondre ce qui restait de ressentiment dans le cœur de Solange.
— Chéri ! Chéri ! s’écria-t-elle. Écoute… Le docteur Briard m’a trouvé une situation à Paris. Lorsque tu seras guéri je ferai ce que j’aurais dû faire. Je travaillerai et tu auras moins à courir le cachet. Alors, libéré d’une partie de tes soucis, tu pourras te consacrer entièrement à ton œuvre et je suis sûre, sûre, entends-tu, que tu connaîtras le succès.
Elle se pencha, posa ses lèvres sur les yeux de son mari et sécha ainsi ses larmes. Alors il murmura :
— Pardonne-moi, ma chérie. Jamais plus, jamais plus tu n’auras à te plaindre de moi.
Elle crut au serment parce qu’il y avait encore en son cœur le feu de l’amour qui couvait sous la cendre. Quand elle fut près de partir il demanda :
— Tu m’amèneras Yves demain ?
Elle promit et tint parole. Lorsqu’ils furent tous les deux près de lui, Pierre attira leurs visages et murmura :
— Le foyer qui s’est reconstitué. Je ferai tout, tout pour qu’il soit heureux.