‹ Angéline de MontbrunChapitre 18 sur 47 · Chapitre 18 La même à la même

Chapitre 18 La même à la même

Décidément, mes rêves patriotiques vous sont suspects, et ce n’est pas sans malice que vous me conseillez de chercher la source de ce beau zèle. Ma chère, je n’ai pas l’esprit curieux. Chercher les sources, remonter aux principes, c’est l’affaire des explorateurs et des philosophes. Prétendez-vous me confondre avec ces gens-là ? D’ailleurs, il ne faut jamais admettre le plus, quand le moins suffit à une explication. Ici le patriotisme suffit.

Vous rappelez-vous nos conversations de l’automne dernier, alors que vous commenciez à être un peu sage ? Quels progrès vous avez faits ! J’aimerais reprendre ces causeries.

Angéline a toute mon amitié, toute ma confiance, mais elle m’est trop supérieure à certains égards. Aucune poussière n’a jamais touché cette radieuse fleur, et conséquemment je m’observe toujours un peu ; avec vous, je suis plus libre.

Malgré vos aspirations religieuses, je ne puis oublier que nous avons été compagnes de chimères, de lectures, de frivolités. Parfois, je vous envie votre désenchantement si prompt, si complet. Mais ces désirs s’évanouissent vite. Je m’obstine à espérer qu’un jour ou l’autre le bonheur passera sur cette pauvre terre que Dieu a faite si belle.

De ma fenêtre j’ai une admirable vue du fleuve. Vraiment, c’est l’océan. Je ne me lasse pas de le regarder. J’aime la mer. Cette musique des flots jette un velours de mélancolie sur la tristesse de mes pensées, car, je vous l’avoue, j’ai des tristesses, et volontiers je dirais comme je ne sais plus quelle reine : « Fi de la vie ». Pourtant je n’ai aucun sujet positif de chagrin, mais vous le savez, on cesse de s’aimer si personne ne nous aime.

Eh bien ! je vois venir le jour où je me prendrai en horreur.

Vous n’ignorez pas comme j’ai désiré la réalisation du rêve de Maurice. Sans doute je savais que je passerais au second rang. Mais est-ce le second rang que je tiens ? Y a-t-il comparaison possible entre son culte pour elle et son affection pour moi ?

Il est vrai, qu’en revanche Angéline m’aime plus qu’autrefois ; elle m’est la plus aimable, la plus tendre des sœurs ; mais naturellement je viens bien après son fiancé et son père.

Quant à celui-ci, the last but not the least,qu’est-ce que cet aimable intérêt qu’il me porte ? Je l’admets, dans ce cœur viril le moindre sentiment a de la force. Mais encore une fois, qu’est-ce que cela ? Si vous saviez comme il aime sa fille !

Pour moi, je ne suis nécessaire à personne. Ma chère Emma, j’éprouve ce qu’éprouverait un avare qui verrait les autres chargés d’or, et n’aurait que quelques pièces de monnaie.

Mina

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