‹ Angéline de MontbrunChapitre 45 sur 47 · Chapitre 3

Chapitre 3

Il est vrai qu’au point de vue de l’art cette brusque disparition de M. de Montbrun n’est nullement regrettable. Déjà cet épisode si original et si bien traité menaçait de reléguer dans l’ombre la trame même du roman ; M. de Montbrun éclipsait Maurice, et Mina intéressait pour le moins autant qu’Angéline. Les choses vont reprendre leur cours naturel. Une fois le temps convenable donné à une légitime douleur, les jeunes gens. vont s’épouser et lorsqu’elle aura bien réfléchi aux réalités de la vie, après avoir pleuré l’homme estimable à qui elle avait rêvé d’unir son sort, Mina fera quelque mariage mieux assorti. Voilà ce que le lecteur doit se dire ; mais c’est compter sans l’imagination de l’auteur. Son programme est bien différent.

Inconsolable comme elle aurait pu l’être pour un fiancé du même âge qu’elle-même, Mina va rejoindre son amie Emma au couvent des Ursulines, et la mort de M. de Montbrun qui semblait devoir hâter le mariage d’Angeline, en amène indirectement la rupture. La jeune orpheline accablée par les veilles et par la douleur contracte une terrible maladie qui efface toutes traces de sa beauté ; Maurice parvient mal à dissimuler le désappointement qu’il en éprouve et malgré toutes ses protestations, il ne peut persuader à la fière Angéline qu’il l’aime encore comme autrefois. Dans une dernière lettre, elle se montre inexorable malgré des supplications qui paraissent cependant très sincères, mais qui ne parviennent pas à triompher d’une détermination dans laquelle le sentiment religieux a une part encore plus large que celles de la délicatesse et de l’amour-propre féminin poussés à leurs dernières limites.

Cette lettre et celle de Maurice sont très remarquables et. le journal intime et les quelques épîtres qui suivent la mort de M. de Montbrun sont aussi au nombre des meilleures pages du volume.

Il en est quelques-unes où le sentiment religieux domine tout le reste de manière à faire sentir bien vivement l’inanité de toutes les choses de ce monde ; il en est d’autres au contraire où la part de l’humanité est assez large pour ne pas trop décourager ceux qui ne sont point parvenus au même degré d’ascétisme.

Donnons quelques extraits des unes et des autres ; ce sera peut-être le meilleur moyen de rendre justice à l’auteur.

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