‹ Après le bagne !Chapitre 14 sur 34 · 14

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Les fleuves, les rivières, les criques roulent de l’or en poudre ou en pépites. Des placers nombreux ont été établis au Mahury, sur l’Approuague, à Mana, Oyapock, Saint-Élie, Sinnamary et Dieu-Merci.

Aussi ne faut-il point s’étonner si Cayenne ne possède pas d’industrie locale et si tout y est importé.

La Guyane est par excellence le pays de l’or.

L’espoir de gros bénéfices rapidement réalisés a fait négliger aux habitants tout autre métier que celui de mineur.

On rencontre bien, à la vérité, parmi eux quelques ouvriers d’art, des maçons, des charpentiers, des charrons, des menuisiers, mais ils sont en petit nombre et presque tous Martiniquais.

La folie de l’or a envahi tous les cerveaux et, plus que partout ailleurs, accompli ses ravages.

L’exploitation en fut, d’abord, imparfaite et pratiquée seulement par des individus isolés, manquant de capitaux et de connaissances pour mettre en œuvre un outillage perfectionné.

Ce n’est qu’en 1899 qu’une compagnie a installé à Saint-Élie des dragues et des pompes d’épuisement, et la production fut immédiatement doublée.

Jusqu’à cette époque, le procédé primitif de la simple batte avait été seul employé.

La véritable folie de l’or coïncida avec la découverte du gisement aurifère de Carsevenne.

En 1893, un Portugais, nommé Germane, ayant trouvé de l’or dans une crique que l’on nomma plus tard la crique Lorenz, le bruit ne tarda pas à s’en répandre au loin et un flot énorme de chercheurs d’or, nègres, mulâtres et blancs, envahit en peu de temps la contrée. On racontait qu’un noir de Cayenne, Clément Temba, était revenu, après quelques semaines, avec 160 kilos de métal ; qu’un autre, Sanne-Mongoon, en avait récolté 150 kilos en trois semaines ; qu’un troisième, Onémarque, en avait rapporté 180 kilos après un peu moins d’un mois de travail.

Les travailleurs furent bientôt au nombre de plusieurs milliers.

À Carsevenne, pas de concessions, pas de propriétaires ; la place était au premier occupant !

Ce fut le début d’une période florissante pour le fisc et le commerce de la Guyane française.

Un extraordinaire va-et-vient s’était établi de Cayenne au Contesté et du Contesté à Cayenne. Pour chercher fortune, on arrivait de la Guadeloupe et de la Martinique, du Brésil et des colonies anglaises.

Aussi le banditisme ne tarda-t-il point à se développer. Des troupes d’aventuriers partirent à Carsevenne, non pour travailler, mais pour dévaliser les mineurs qui rapportaient leur production.

Ils les guettaient dans la brousse et, à coups de fusil, les abattaient comme du gibier, ou bien encore ils les suivaient avec patience pour découvrir leur cachette et s’emparer, derrière eux, du trésor.

De rapaces commerçants les imitèrent bientôt sous des formes plus légales.

Ils se rendaient au placer avec des convois de vivres qu’ils échangeaient contre de l’or, mais à quelles conditions !

Une boîte de sardines se vendait cinq francs. La farine de manioc, qui vaut généralement de un franc dix à un franc vingt le kilo, était estimée quatre francs. Un litre de tafia coûtait dix et douze francs. Le vin était au même prix.

Tous ces articles étaient payés en or brut, la monnaie n’ayant pas cours et, non seulement tout était d’un prix excessif, mais encore les mineurs étaient trompés sur le poids.

Ceux qui rapportaient leur production à Cayenne se voyaient dépouillés par de nouveaux exploiteurs.

Par les douaniers, d’abord, qui prélevaient sur le précieux métal douze à quinze pour cent d’entrée ; par d’autres négociants ensuite qui consentaient à acheter aux mineurs de l’or payable en marchandises telles que vivres, outils, mercure, vêtements, fournitures complètes pour les placers, etc., mais en leur imposant d’invraisemblables tarifs.

Ce qui, après de tels impôts, restait de métal aux hommes arrivés des placers leur servait pendant quinze jours à mener joyeuse vie pour se dédommager de leurs fatigues.

Gorgés de tafia, payant sans compter, on les voyait se promener d’un estaminet dans l’autre, accompagnés de femmes qui, entre deux verres d’alcool, trouvaient le moyen de se faire donner ou de prendre des poignées de pépites.

Des libérés ou autres les incitaient au jeu et achevaient de les dévaliser, ce qui donnait très souvent lieu, la partie terminée, à des batailles sanglantes après lesquelles l’un des adversaires demeurait sur le carreau.

Lorsque leur ceinture était vide, les amoureuses et les amis de rencontre disparaissaient comme par enchantement et, ne possédant plus qu’une provision de vivres pour à peine un mois, ils reprenaient le chemin du placer, soutenus par l’espoir de nouvelles richesses facilement acquises et par la perspective de nouveaux jours d’orgie.

Ils partaient en fredonnant une chanson :

Adieu, les belles de Cayenne !
Nous reviendrons nous amuser
En revenant du Carsevenne…

On en revint, muni de petites fortunes, pendant quelque temps encore, puis il arriva pour le Contesté franco-brésilien ce qui s’était produit pour la capitale de la Guyane : alléchées par l’appât du gisement aurifère, des compagnies allèrent s’y établir et commencèrent par donner la chasse aux maraudeurs, aux isolés incapables de lutter contre elles.

Il fallut travailler pour leur compte et… moyennant un salaire quotidien de quatre ou cinq francs.

Ceux qui n’avaient pas su profiter du bon temps — et ils étaient les plus nombreux — revenaient l’oreille basse.

Le nègre, heureusement, se contente de peu pour vivre, sans quoi c’eût été la misère.

De tant d’efforts dépensés par les mineurs, seuls le fisc, les gros commerçants et les malins avaient profité.

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