III
Il a neigé aussi sur ta tête, ô Litolff, mon maître! Mais cette couronne blanche que les épreuves, plus que les années, ont posée autour de ton front ne te messied pas, au contraire. Elle mettra des palmes d’argent parmi les feuilles du laurier, ô toi qui attendis si longtemps la gloire! Ce frisson vivant de chevelure liliale qui tressaille au moindre mouvement de ton visage rappelle les ondulations des jeunes avoines dans les plaines où elles semblent flotter comme une poussière grise, et tes yeux semblent deux bluets y piquant leur note d’azur, leur note vive et éclatante. Tout dit en toi une jeunesse prête à renaître, la révolte de tout ce qui vécut dans ton cerveau et qui n’en put sortir au temps des maturités triomphantes. La confiance des revanches est partout, dans ton regard et dans ton sourire où ne grimacèrent jamais ni l’amertume ni l’envie.
Les sculpteurs ont souvent reproduit tes traits, et ta figure d’aigle prisonnier, prêt à secouer ses ailes captives, a souvent tenté le ciseau. Mais le temps serait venu pour la peinture de nous donner de toi un magnifique portrait où nous te verrions auréolé de ta chevelure blanche, toi qui portes dans tes yeux l’éclat du soleil longtemps regardé en face, aux heures de défi contre le ciel, et dont les rides mêmes ont je ne sais quelle rigidité de bronze où s’use la lime du Temps.
Pour toi, la neige fut comme une aile de cygne couvant, jalouse, l’éclosion de ta pensée.