‹ Au pays des souvenirsChapitre 27 sur 45 · IV

IV

On dirait que la Terre a bu le sang des lis Et d’un deuil éclatant voile cette hécatombe; Car déjà la blancheur des marbres clôt la tombe Où dorment pour longtemps ces doux ensevelis.

Je t’adore, ô pâleur des vierges trépassées Dans l’éblouissement des rêves amoureux, Emportant dans l’azur les essors douloureux De leur âme pareille aux colombes blessées!

Quel vent a flagellé l’aile que tu parais, Doux et flottant duvet tombé du vol des anges, Et secoué dans l’air tes floraisons étranges Qui font comme un printemps à l’hivernal cyprès?

Les cygnes se sont-ils heurtés contre la nue, Cherchant au ciel l’azur de leurs grands lacs fermés, Ou, Psyché, renouant ses voiles parfumés, De ses jeunes candeurs s’est-elle souvenue?

On dirait que la Terre a pitié de nos morts, Et, vierge devenue au toucher de la neige, Suspend des floraisons le travail sacrilège Dans ses flancs qu’au repos invite le remords.

O neige! tu m’étreins le front sous le mystère De ta froide splendeur et, comme épouvanté, Je pense que des cieux, déchus de leur clarté, Le lait d’une déesse a coulé sur la terre.