Scène 6
Les mêmes, Madame d’Ailleboust, Brigeac
Entre Madame d’Ailleboust suivie de C. de Brigeac armé. Joyeuses exclamations de Mademoiselle Mance.
Madame d’Ailleboust, embrassant Élisabeth – Je tenais à vous dire comme je suis heureuse de votre délivrance.
Brigeac, à Élisabeth moyen –Je suis ravi d’avoir l’occasion de vous dire encore une fois comme vous êtes bienvenue à Ville-Marie. Soyez sans crainte, Mademoiselle, au besoin nous saurons vous défendre.
Madame d’Ailleboust – Croyez-vous donc que Mademoiselle Moyen va demeurer ici. Mais ce serait une cruauté de l’y laisser. Les alarmes continuelles lui rappelleraient des souvenirs trop affreux et nous allons l’emmener à Québec. (À Élisabeth.) M. d’Ailleboust vous offre sa protection, le massacre de votre famille l’a fort ému. Il veut vous servir de Père et vous allez descendre avec nous par le bateau Notre-Dame.
Élisabeth Moyen – Madame, votre bonté est grande, je vous suis plus reconnaissante que je ne saurais jamais dire. Dieu récompensera Monsieur le Gouverneur de sa charité envers moi.
Madame d’Ailleboust,à Mlle Mance – Maintenant, mon héroïque ami, il faut que je rentre. M. de Maisonneuve a besoin de son secrétaire. (Mlle Mance reconduit Madame d’Ailleboust.)
Élisabeth Moyen, seule et pensive –C’est bien extraordinaire, mais je ne suis pas contente, je ne désire pas m’en aller d’ici. Je ne le verrais plus.
Mademoiselle Mance, toute joyeuse –Le Gouverneur général veut vous adopter. Voilà ce qui s’appelle une faveur de la Providence. Comment pouvez-vous n’être pas transportée.
Élisabeth Moyen, se rapprochant d’elle –C’est que je veux rester avec vous. Je n’ai pas osé le dire tantôt à Madame d’Ailleboust, mais à moins que vous ne me chassiez, je ne m’en irai pas d’ici.
Mademoiselle Mance, fort étonnée –Vous voulez vivre à Ville-Marie ? Songez-y, nous sommes toujours en péril.
Élisabeth Moyen – Aussi à Québec, je serais toujours tourmentée de craintes à votre sujet, je ne pourrais pas vivre.
Mademoiselle Mance – Cette impression se dissiperait vite, vous trouveriez la sécurité si douce. Au fort St-Louis tant de choses vous distrairaient.
Élisabeth Moyen – Rien ne me distrairait. L’angoisse me dévorerait le cœur. Nuit et jour je me demanderais que deviennent-ils à Ville-Marie ? Ces démons les ont-ils surpris ? Y a-t-il eu quelque grande attaque ? Lui, a-t-il été blessé ? Est-il mort ? A-t-il été fait prisonnier ?
Mademoiselle Mance, souriant –Lui ?
Élisabeth Moyen – Oui, lui, le héros, mon Sauveur, mon libérateur, je vous en prie, faites en sorte que M. de Maisonneuve me garde. Je ne serai pas inutile. Je vous aiderai à soigner les blessés.
Mademoiselle Mance – Votre présence me serait une grande douceur, mais notre vie d’alarmes vous rappellerait de si cruels souvenirs.
Élisabeth Moyen – Ces souvenirs rien ne les effacera et croyez-moi, ailleurs je ne pourrais pas vivre (sic).
Mademoiselle Mance, lui caressant les cheveux –Eh bien. Vous resterez avec nous, qui sait si vous n’avez pas raison. M. Maisonneuve est le chevalier de la Reine du ciel.
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