‹ Barzaz BreizChapitre 28 sur 98 · I

I

— Ma bonne grand’mère, écoutez-moi ; j’ai envie d’aller à la fête ;
À la fête, aux courses nouvelles que donne le roi.
— À la fête vous n’irez point, ni à celle-ci ni à aucune autre ;
Vous n’irez point à la fête nouvelle ; vous avez pleuré toute la nuit ;

Vous n’irez point, s’il tient à moi ; vous avez pleuré en rêvant.
— Ma bonne petite mère, si vous m’aimez, vous me laisserez aller à la fête.
— En allant à la fête vous chanterez ; en revenant vous pleurerez. —
II

Il a équipé son poulain rouge ; il l’a ferré d’acier poli ;
Il l’a bridé, et lui a jeté sur le dos une housse légère ;
Et il lui a attaché au cou un anneau, et un ruban à la queue ;
Et il est monté sur son dos, et est arrivé à la fête nouvelle.
Comme il arrivait au champ de fête, les cornes sonnaient ;
La foule était pressée, et tous les chevaux bondissaient.
— Celui qui aura franchi la grande barrière du champ de fête au galop,
En un bond vif, franc et parfait, aura pour épouse la fille du roi. —
À ces mots, son jeune poulain rouge hennit fortement,
Bondit et s’emporta, et souffla du feu par les naseaux ;

Et jeta des éclairs par les yeux, et frappa du pied la terre ;
Et tous les autres étaient dépassés, et la barrière franchie d’un bond.
— Seigneur roi, vous l’avez juré, votre fille Aliénor doit m’appartenir.
— Vous n’aurez point ma fille Aliénor, pas plus qu’aucun de vos semblables ;
Ce ne sont point des sorciers que je veux pour maris à ma fille. —
Un vieil homme qui était là, et qui avait une barbe blanche,
Une barbe blanche au menton, plus blanche que la laine sur le buisson de lande ;
Et une robe de laine galonnée tout du long d’argent ;
Et qui était assis à la droite du roi, lui parla bas, alors.
Le roi, l’ayant écouté, frappa trois coups de son sceptre,
Trois coups de son sceptre sur la table, si bien que tout le monde fit silence :
— Si tu m’apportes la harpe de Merlin, qui est tenue par quatre chaînes d’or fin ;
Si tu m’apportes sa harpe, qui est suspendue au chevet de son lit ;

Si tu viens à bout de la détacher ; alors, tu auras ma fille, peut-être. —
III

— Ma bonne grand’mère, si vous m’aimez, vous me donnerez un conseil ;
Ma bonne grand’mère, si vous m’aimez, car mon pauvre cœur est brisé.
— Si vous m’eussiez obéi, votre cœur ne serait point brisé.
Mon pauvre petit-fils, ne pleurez pas, la harpe sera détachée ;
Ne pleurez pas, mon pauvre petil-fi!s, voici un marteau d’or ;
Rien ne résonne sous les coups de ce marteau-là. —