III
— Seigneur marquis, fuyez ! fuyez ! voici les dragons qui arrivent !
Voici les dragons qui arrivent : armures brillantes, habits rouges.
— Je ne puis croire qu’un dragon ose porter la main sur moi ;
Je ne puis croire que l’usage soit venu que les dragons portent la main sur les marquis ! —
Il n’avait pas fini de parler, qu’ils avaient envahi la salle.
Et lui de saisir ses pistolets : — Si quelqu’un s’approche, je tire ! —
Voyant cela, le vieux recteur se jeta aux genoux du marquis :
— Au nom de Dieu, votre Sauveur, ne tirez pas, mon cher seigneur !
Àce nom de notre Sauveur, qui a souffert patiemment ;
Àce nom de notre Sauveur, ses larmes coulèrent malgré lui ;
Contre sa poitrine ses dents claquèrent ; mais, se redressant, il s’écria : « Partons ! »
Comme il traversait la paroisse de Lignol, les pauvres paysans disaient,
Ils disaient, les habitants de Lignol : — C’est grand péché de garrotter le marquis ! —
Comme il passait près de Derné, arriva une bande d’enfants :
— Bonjour, bonjour, monsieur le marquis : nous allons au bourg, au catéchisme.
— Adieu, mes bons petits enfants, je ne vous verrai plus jamais !
— Et où allez-vous donc, seigneur ? est-ce que vous ne reviendrez pas bientôt ?
— Je n’en sais rien, Dieu seul le sait : pauvres petits, je suis en danger. —
Il eût voulu les caresser, mais ses mains étaient enchaînées.
Dur eût été le cœur qui ne se fût pas ému ; les dragons eux-mêmes pleuraient ;
Et cependant les gens de guerre ont des cœurs durs dans leurs poitrines.
Quand il arriva à Nantes, il fut jugé et condamné,
Condamné, non pas par ses pairs, mais par des gens tombés de derrière les carrosses.
Ils demandèrent à Pontcalec : — Seigneur marquis, qu’avez-vous fait ?
— J’ai fait mon devoir ; faites votre métier ! —