‹ Barzaz BreizChapitre 92 sur 98 · I

I

Les Bretons et les Anglais sont voisins, mais n’en sont pas moins ennemis ; ils ont été mis au monde pour se combattre à tout jamais.

Comme je dormais, l’autre nuit, un son de trompe retentit, retentit dans le bois de la Salle : « Saxons ! Saxons ! maudits Saxons ! »

Le lendemain, en me levant, je vis les Anglais arriver, je vis arriver leurs soldats : harnois dorés et habits rouges.

Quand ils furent rangés sur la grève, j’aperçus les Français allant à leur rencontre, d’Aubigny à leur tête, l’épée nue à la main.

— En avant! cria d’Aubigny ; il ne nous en échappera aucun ! Courage ! allons, mes braves enfants, en avant! suivez-moi ! et ferme !

Les Français répondirent tout d’une voix à son appel : — Suivons d’Aubigny pied à pied ; il est gentilhomme et bon compagnon. —

Quand d’Aubigny on vint aux mains, il n’y eut personne, grand ou petit, qui n’ouvrit de grands yeux en le voyant verser le sang.

Ses cheveux, son visage et ses habits étaient tout couverts de sang, de sang qu’il tirait aux Anglais, en leur perçant le cœur.

On le voyait, sur le champ de bataille, le cœur calme, la tête haute, pas plus ému par les boulets que s’ils eussent été des bouchons.