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« Ça m’avait remise en gaieté ; j’avais envie de faire encore quelque chose d’amusant. Alors j’ai pensé que je pourrais peut-être pêcher des grenouilles dans cette mare. Je me suis vite fabriqué une ligne…
« … avec un bout de ficelle, une épingle courbée et un morceau d’étoffe rouge ; comme je faisais dans mon pays, et j’ai commencé…
« Ça marchait très bien. Je tire une, deux grenouilles ; au moment que je venais de tirer la troisième…
« …la ligne manque de m’échapper des mains, parce que j’entends une grosse voix qui me crie : « Faites donc attention, vous ! »
« Voyez la malchance : un militaire qui passait avait reçu la grenouille en plein dans la figure. Je lui dis : « Excusez-moi, M’sieur le militaire. »
« Mais il me crie, d’un air encore plus furieux : « Appelez-moi gendarme. » Comme si c’était facile de s’y reconnaître maintenant que toute l’armée est habillée pareil, en horizon ou en kaki.
« Après, il m’a demandé à voir mes papiers. J’ai sorti mon sauf-conduit, vous savez, celui qui a des cachets dans tous les coins. Il paraît qu’il n’en avait pas encore assez.
« Le gendarme m’a expliqué que pour pouvoir se promener dans la campagne, il faut un sauf-conduit avec un cachet rouge. Il a dit d’un air terrible : « Grave, très grave ! Contravention ! » Et il m’a emmenée chez son chef, en me tenant par le bras comme une voleuse. J’avais honte !
« Heureusement le chef était très gentil. Il a dit : « Elle a une bonne figure. » Et puis il a lu le sauf-conduit, et il a dit encore : « En service chez un officier… Mission diplomatique et confidentielle… Bon… Donnons-lui le cachet rouge. » Et il a trouvé moyen de me fourrer un cachet de plus sur mon papier.
« Probable qu’en voyant son chef si aimable, le gendarme a eu des regrets de s’être montré méchant. Il m’a fait des sourires et des grâces, et il m’a conseillé de pousser demain, par la même route, jusqu’au camp d’aviation anglais : on doit y faire des exercices. Pour sûr que j’irai voir. »