‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 22 sur 61 · 22

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« Quelques jours après mes aventures en aéroplane, un matin que je finissais d’habiller ma maîtresse, elle m’a regardée bien attentivement, et elle m’a dit qu’elle me trouvait mauvaise mine, qu’elle craignait que je sois malade.

« Sans répondre, j’y ai tiré ma langue tout au long. Ce n’était pas, vous comprenez, pour lui manquer de respect, mais parce que j’ai toujours vu les médecins faire tirer la langue aux gens qu’ils examinent. « Rentrez votre langue, a commandé Madame, et dites-moi si vous vous sentez malade. »

« Non, Madame, que j’ai répondu. Probable que ma peur en aéro m’aura un peu détraquée : j’ai des tourniquements dans la tête, des douleurs dans les estomacs et les foies ; ça ne m’étonnerait pas si c’était du choléra compliqué de rhume de cerveau, mais je vous le promets, je ne me sens pas malade. »

« Pas malade avec tant de choses ! » a repris Madame. Et notre logeuse, qui venait d’entrer dans la chambre, a crié : « Ah ! tristesse et calamité ! que si, Madame, qu’elle est malade. » J’ai eu beau protester, elles ont décidé de me conduire voir le médecin.

« On est parties toutes les trois, et tout le long du chemin, M Ferluyr — c’est le nom de notre logeuse — me répétait que j’étais pâle, que j’avais maigri, et qu’il fallait m’appuyer sur elle, crainte de tomber si mon tourniquement de tête me prenait.

« Entre nous, cette bonne M Ferluyr a une peur atroce des maladies ; toute la journée, elle astique partout dans sa maison, pas tant par propreté que par crainte des microbes. Ça ne l’empêche pas de rire chaque fois qu’elle ouvre la bouche, même quand c’est pour dire : « Tristesse et calamité ! » qu’elle répète du matin au soir.

« Nous arrivons chez le médecin, et il nous reçoit tout de suite. C’est un petit gros, chauve, qui parle tout doucement avec des airs d’avoir envie de dormir. Naturellement, il fait la cérémonie habituelle d’examen de la langue,…

« … de tâtage du pouls, et de questions sur ce que j’éprouve. Et puis il dit à Madame que ce ne sera rien si je lui obéis, qu’il me faut le repos, l’immobilité, la diète et des tisanes, des tisanes calmantes, beaucoup de tisanes.

« Je m’en charge ! » déclare M Ferluyr. Elle me ramène chez nous et, aussitôt arrivées, elle m’installe dans un fauteuil, avec une couverture sur les jambes, une fanchon autour de la tête, pour éviter les refroidissements, qu’elle disait.

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