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« Et elle a commencé de m’ingurgiter des tisanes : de la mauve, du tilleul, de la camomille, de la bourrache, je ne sais quoi encore. Il n’y avait pas à résister : elle me faisait avaler toute son eau chaude de force, comme une nourrice à son poupon.
« D’être comme ça assise, ça me donnait des fourmis dans les jambes ; les tisanes me tournaient sur le cœur ; mais dès que j’essayais de m’échapper de mon fauteuil, la logeuse m’y ramenait…
« … et puis elle essuyait et frottait à tour de bras partout où j’avais marché, en répétant : « Tristesse et calamité ! Elle va nous semer des microbes dans toute la maison. »
« Au bout de deux jours qu’on me soignait comme ça, j’ai cru que j’allais vraiment tomber malade. Madame a demandé à son médecin de venir me voir. Il m’a regardée pas plus d’une minute, et il a dit : « Ça ne sera rien si on m’obéit : il lui faut le grand air, de l’exercice…
« … des distractions, et une nourriture abondante. — Mais, docteur, à remarqué Madame, ce n’est pas du tout ce que vous aviez conseillé. — Justement, Madame, comme ça n’a pas réussi, j’ordonne le contraire. C’est en cela que consiste la science médicale. »
« J’aimais joliment mieux cette ordonnance-là que la première. Je n’ai pas été longue à envoyer promener le fauteuil, la couverture, la fanchon et les tisanes, malgré les lamentations de ma garde-malade sur les microbes que j’allais semer.
« J’ai avalé un gros bifteck, avec un petit verre de vieux Bordeaux que Madame m’a versé elle-même.
« Et je suis partie de mon pied léger, devinez où ?…
« … au camp anglais, où j’ai été dire bonjour à mon ami le major Tacy-Turn et à tous les aviateurs. On a été bien contents de se retrouver et le plaisir a achevé de me guérir.
« Depuis, je n’arrête pas de trotter dans la ville et surtout dans la campagne. Ça m’a rendu ma graisse et mes couleurs, et ça m’a fait arriver une drôle d’aventure que je vais vous raconter. »