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« Quelques jours après ma guérison, Madame m’a dit : « Bécassine, il paraît que les légumes frais sont introuvables chez les marchands d’A… Tâchez donc d’en rapporter quand vous irez vous promener à la campagne : cela variera nos menus. »
« J’ai tout de suite demandé à notre logeuse de m’indiquer de quel côté je trouverais des maraîchers. Elle m’a donné le nom d’un village situé à une dizaine de kilomètres, et où conduit un tramway. Le lendemain matin de bonne heure…
« … j’étais à la station. C’était le premier train ; je m’attendais à ne voir presque personne ; et, tout au contraire, il y avait un monde fou.
« … La brave femme qui, pendant la guerre, remplace le chef de gare, s’affolait, fourrageait la mèche de cheveux qui dépassait son bonnet de police, courait de tous les côtés sans rien avancer.
« J’ai eu pitié d’elle. « Vous en faites pas, que je lui ai dit. On se tassera, on Se foulera, on s’arrangera. À la guerre comme à la guerre ! — Bien sûr ! » ont dit les voyageurs qui nous entouraient.
« … Un d’eux a ajouté : « Cette jeune Bretonne est pleine de philosophie. » Ça m’a fait plaisir, et même je dois vous avouer que ça m’a rendue fière. On a son petit amour-propre !
« Pendant qu’on accrochait un wagon supplémentaire, je suis restée près de l’homme qui avait parlé comme je viens de vous répéter. C’était un grand, avec la figure rasée, qui avait l’air à la fois bien bon et bien majestueux.
« Il lisait son journal quand un autre homme s’est approché de lui et lui a dit : « Ça va bien, ce matin, mon vieux Joffre ? — Pas mal ; et toi, mon vieux Nivelle ? » qu’il a répondu.
« … Vous pensez si ça m’a donné un coup d’entendre ces noms-là ! Je crois bien que j’en ai fait un bond. Ils ont ri tous les deux, et celui qu’on venait d’appeler « mon vieux Joffre » a dit : « Restez avec nous, la Bretonne : vous verrez des choses intéressantes. »