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« Et voilà qu’il est venu d’autres hommes. À chaque arrivée, un petit rouquin, qui s’était mis dans notre groupe, annonçait d’un air cérémonieux :
« Le général Cadorna…
« … le général Broussiloff.
« … le général Douglas Haig. »
« Ils se serraient les mains, ils se demandaient des nouvelles de l’Italie, de la Russie, de l’Angleterre.
« Moi, j’en avais chaud d’émotion, mais il y avait deux choses qui m’étonnaient.
« D’abord, c’est qu’après avoir pris des grands airs graves pendant les présentations, ils se sont mis tous à rire, à se donner des tapes dans le dos, et à se faire des farces comme des collégiens.
« Et puis, c’est qu’il étaient habillés en civils, et surtout qu’ils ne ressemblaient pas aux portraits d’eux qu’on voit dans les journaux. J’en ai fait la remarque au général Joffre, avec qui je me sentais bien à l’aise à cause de son air de bonté.
« Il a ri d’un tel cœur que j’ai cru qu’il allait s’étrangler. Quand il a pu reprendre son sérieux, il m’a expliqué : « C’est fait exprès… pour dérouter les espions. »
« Alors, je lui ai montré le rouquin dont la figure ne me revenait pas, et j’ai dit au général (il n’était pas encore maréchal à cette époque-là) qu’il devrait se méfier de ce vilain homme.
« Il a repris une crise de rire ; il a crié au rouquin : « Eh ! le Traître, la petite Bretonne me dit de me méfier de toi. — Elle a raison ! puisque Je suis le traître », a répondu l’autre en riant aussi. Moi, vous comprenez, je n’y comprenais plus rien du tout.