‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 26 sur 61 · 26

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« On n’en finissait pas d’accrocher le wagon supplémentaire, l’heure du départ était passée ; les voyageurs s’énervaient, et la cheffesse de gare recommençait à courir dans tous les sens avec une mine désolée et les bras au ciel.

« Alors le général Joffre a fait un petit discours qui a calmé les impatients. Ce qui m’a étonnée, c’est qu’il les appelait « Vaillants soldats », et qu’il n’y en avait pas un seul en uniforme. Eux, ça ne semblait pas les surprendre.

« Quelques-uns avaient rectifié la position ; ils disaient en saluant militairement : « Ça va bien, général, ça va bien : on se tiendra tranquilles et sages comme des vrais poilus », et ça faisait rire les autres.

« À ce moment, le rouquin qui avait fureté partout dans la foule, est revenu tout agité près des généraux, en criant : « L’Empereur n’est pas là, ni le marchand de café. » Ça a paru tous les contrarier ; et puis l’un d’eux a dit :

« Ah ! les voilà ! » Sur la route de la gare, deux hommes couraient. Ils sont arrivés tout essoufflés en s’excusant de leur retard. Celui que l’on appelait le marchand de café portait une espèce de grande boîte avec une manivelle.

« J’ai pensé que ça devait lui servir à moudre sa marchandise. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour les regarder, vu qu’à ce moment on a crié : « En voiture ! » et tout le monde s’est précipité dans les wagons.

« Le général Joffre m’a fait monter avec lui en première, même qu’il a été assez gentil pour payer le supplément de mon billet, qui était de seconde classe. Les autres généraux sont montés aussi. Vous pensez si j’étais fière de me trouver avec ces grands personnages.

« Ils étaient bien simples et sans façons. L’un d’eux a proposé de casser la croûte, parce que probablement ils déjeuneraient tard. Ils ont tiré des provisions de leurs poches et ils ont partagé avec moi. J’ai mangé de bon appétit.

« Et ça m’a donné du courage pour leur demander sur quel pays régnait celui qu’ils nommaient l’Empereur. Ça les a encore fait rire ; puis ils m’ont expliqué que ce n’était pas tout à fait un empereur, mais que c’était quelque chose d’approchant, puisqu’il commandait à eux tous…

« … les plus grands généraux du monde. J’ai pensé que ça devait être plutôt un ministre, ou un député, vu que ça n’est pas fréquent de rencontrer un empereur ami d’un marchand de café au point de causer avec lui sur la plate-forme d’un tramway. Les généraux les ont appelés…

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