‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 28 sur 61 · 28

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« Je n’ai pas besoin de vous dire que j’étais impatiente de rejoindre mes amis les généraux ; aussi j’ai couru de toute ma vitesse au village, et je n’ai pas perdu de temps pour mon achat de légumes.

« Mais les maraîchers ne sont pas des gens qui font vite. Le premier que j’ai vu ne s’est décidé à me servir que quand il a eu fini un coin de terre qu’il bêchait.

« Un autre mettait des paillassons sur ses châssis : il ne m’a pas fait grâce d’un paillasson. Je bouillais et trépignais sur place ; mais essayer de le presser, c’était comme de vouloir renverser un mur en soufflant dessus.

« J’ai eu aussi à faire deux voyages avec une brouette pour conduire mes achats à la station, où je les ai laissés en garde. Madame ne m’avait pas dit quelle quantité de légumes elle voulait : j’ai pensé qu’il valait mieux…

« … trop que pas assez ; j’ai pris tout ce que je trouvais : une dizaine de choux, je ne sais pas combien de bottes de carottes, de poireaux et de navets ; tout de même j’ai été un peu effrayée quand j’ai vu le tas que ça formait. Tout ça m’avait pris plus d’une heure.

« Aussi je vous prie de croire que je n’ai pas flâné sur la route qui conduit aux baraques… au quartier général je veux dire. Comme j’y arrivais, j’ai été arrêtée par un factionnaire qui m’a crié : « Qui vive ? » Puis il a dit : « Ah ! c’est vous, la Bretonne du train…

« … Vous pouvez passer. » Je l’ai reconnu pour un de ceux que j’avais vus dans le tramway. J’ai reconnu aussi ses camarades qui se promenaient devant le quartier général. Ils avaient mis des uniformes, mais ça faisait de drôles de soldats, empêtrés de leurs fusils, et qui n’avaient guère l’air militaire.

« Ils m’ont dit : « Les chefs sont là-bas ; ils vous réclament. » J’ai été où ils m’indiquaient…

« … et cette fois, j’ai failli tomber de saisissement. Il y avait tout un groupe de généraux : c’étaient bien mes camarades du train ; je les reconnaissais, et en même temps je les voyais tout à fait pareils aux portraits des journaux. C’est étonnant qu’on puisse se changer comme ça !

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