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« Faut-il que le danger des espions soit grand pour que les généraux se déguisent ainsi la figure ! Le général Joffre m’a dit : « Vous avez été longue ; vous avez manqué le défilé des troupes et la remise des décorations ; mais nous avons encore de belles choses à vous montrer. »
« Il s’est tourné vers l’Empereur et le marchand de café qui étaient tout près, celui-ci avec sa mécanique installée sur un support ; il leur a demandé : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Ils ont répondu : « L’arrivée des généraux étrangers au quartier-général des alliés. »
« Alors Joffre et Nivelle se sont mis tout seuls à une quinzaine de mètres ; ils ont crié : « Nous y sommes ; tourne la manivelle, marchand de café. » Et ils ont causé…
« … avec beaucoup d’animation, en faisant des gestes. Et puis, il est arrivé une auto avec le général Cadorna dedans. Il est descendu ; il a serré la main aux autres, il a causé avec eux.
« Ça a été la même chose pour Broussilof, Haig, le général belge, le Serbe et le Japonais, dont je ne sais pas les noms ; mais c’était toujours la même auto, avec le même conducteur qui changeait son costume à chaque fois. Ça m’a étonnée que ces grands chefs-là n’aient pas chacun sa voiture.
« Moi, j’étais restée près du marchand de café, qui tournait sa manivelle avec un sérieux et une attention comme si la victoire en dépendait. L’Empereur criait des commandements : « Joffre, un peu en avant… Cadorna, de profil… Resserrez le groupe… souriez. »
« Et tout le monde lui obéissait. J’ai fait réflexion que ça devait être un personnage bien puissant, encore plus puissant qu’un député. Il paraissait content. Il répétait : « Excellent tableau ; ça plaira au public. » Et puis il a crié : « Ça suffit ; repos ! »
« Tous sont venus près de lui. Il leur a distribué des cigarettes, et ils ont fumé et causé ensemble, y compris le marchand de café, ce que j’ai trouvé un peu familier de sa part. Mais j’avais vu tant de choses surprenantes depuis le matin que je commençais à ne plus m’étonner de rien.