‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 30 sur 61 · 30

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« Quand les cigarettes ont été finies, l’Empereur a crié : « Enchaînons… le temps passe. En place pour le conseil de guerre des alliés. » Les généraux se sont groupés et ont discuté autour d’une table sur laquelle des cartes étaient déployées.

« Je me suis un peu approchée et j’ai tendu l’oreille, pensant qu’ils devaient dire des choses bien intéressantes sur la guerre. Eh bien ! j’ai eu encore une surprise : ils parlaient du ragoût de mouton de leur hôtel, et se plaignaient qu’on y trouvait toujours des os et pas de viande.

« À ce moment, un coup de vent a enlevé la carte. J’ai couru après, et je l’ai rapportée. Je croyais bien faire, mais l’Empereur et le marchand de café se sont mis à crier après moi en disant : « Elle nous fait perdre deux mètres de… »

« Là ils ont dit un mot que je n’ai pas compris : quelque chose comme film. Heureusement les généraux ont pris ma défense. Ils ont dit : « Laissez-la tranquille, ça n’est pas une grande perte ; on va recommencer. » Ils ont repris leur discussion.

« Et puis ils se sont encore reposés, mais ils ne paraissaient pas contents comme au repos précédent. L’Empereur disait : « Il faudrait quelque chose de sensationnel pour le tableau final. J’ai beau chercher, je ne trouve pas d’idée. En avez-vous une ? » Non, ils n’en avaient pas non plus.

« Alors, ils ont dit : « Le traître en aura peut-être. » Ils l’ont appelé, et j’ai vu arriver ce vilain rouquin dont je n’aime pas la figure. Il leur a proposé je ne sais quoi : je n’entendais pas bien. Les autres hochaient la tête et disaient : « Ce n’est pas fameux. »

« Essayons toujours », a conclu l’Empereur. Il a fait allumer un feu ; un soldat a apporté une espèce de rocher qui m’a paru être en carton. Le général Joffre s’est assis dessus avec sa carte déployée sur son genou et le soldat s’est placé en sentinelle.

« L’Empereur a annoncé : « Le soir, au bivouac… Le général prépare la bataille du lendemain… Écrasé de fatigue, le général s’assoupit. Fais semblant de dormir, général…

« … Déjouant la surveillance du factionnaire, un Boche s’avance. »

Àce moment j’ai vu quelque chose de terrible : l’affreux rouquin, qui avait mis une grande barbe et un casque à pointe, arrivait en rampant et levait un poignard sur le général.

« Alors, en un clin d’œil…

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