‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 32 sur 61 · 32

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« Quelques minutes après mon retour, ma maîtresse est rentrée en compagnie de M Ferluyr, qui avait été la chercher à l’hôpital. Elles m’ont trouvée en train de mettre de l’ordre dans la cuisine qu’on avait un peu salie.

« Madame a levé les bras au ciel en disant : « Que de choux, de carottes, de navets !… J’attendais de quoi faire un pot-au-feu, et il y a là assez pour nourrir un régiment. »

« La logeuse m’a demandé : « Probable que vous aviez une voiture pour trimballer tout ce chargement ? » — « J’avais bien mieux, que j’ai répondu : j’avais le général Joffre, le général Nivelle, et puis Cadorna, Broussilof, Douglas Haig, l’Empereur et le marchand de café. »

« Elles se sont regardées d’un air stupéfait. M Ferluyr a gémi : « Tristesse et calamité ! C’est sa maladie qui la reprend, ses microbes qui la travaillent !… Faut recommencer à la soigner. » Déjà elle prenait un pot de tisane qui bouillait sur un coin de son fourneau.

« J’ai eu peur qu’on veuille de nouveau me condamner au repos, à la diète et aux tisanes ; je me suis sauvée ; toute la journée, je me suis promenée dans la ville en causant avec les uns et les autres pour voir s’ils étaient au courant de la tentative d’assassinat du général Joffre.

« Personne n’en avait entendu parler. Le soir, ma maîtresse m’a fait asseoir près d’elle avec mon tricot, et elle m’a dit de lui raconter ce qui m’était arrivé. J’ai fait mon récit sans passer le…

« … plus petit détail. Elle souriait de temps en temps, en répétant : « Je crois que je devine. » Quand j’ai parlé de l’invitation au cinéma, elle a fait : « C’est bien ça ; j’avais deviné » ; et elle a dit à la logeuse, qui rôdait autour de nous : « Tranquillisez-vous : Bécassine a toute sa raison. »

« Le lendemain, j’ai reparlé du cinéma. Madame a dit : « J’irai avec vous. Pour rien au monde je ne manquerais ce spectacle. Et nous emmènerons M Ferluyr. » Quand nous sommes arrivées et que j’ai présenté mes billets, le contrôleur a dit qu’il était prévenu et qu’il allait nous donner…

« … les meilleures places. Une ouvreuse nous a installées au premier rang ; avec tout ce qu’il fallait, des petits bancs, des programmes. J’étais gênée d’être servie comme ça ; j’ai pas l’habitude.

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