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« Faut vous dire, madame, et mademoiselle commença le petit soldat, que je m’appelle Évariste, et que ZIdore et moi, on est une vraie paire d’amis. On s’est connus quand il a passé dans l’infanterie, pour être avec le lieutenant de Grand-Air. Le jour de son arrivée, il m’a dit : « T’as une tête qui me plaît. »
« Je lui ai répondu : « La tienne, elle me revient pareillement. » On s’est serré les mains, et on a senti que c’était, entre nous, à la vie à la mort. J’aurais pu être jaloux, vu qu’il me remplaçait comme ordonnance du lieutenant ; mais la jalousie, c’est pas au nombre de mes défauts.
« On s’est arrangés ; on astiquait chacun une botte du lieutenant ; pendant que l’un reprisait la tunique de notre officier, l’autre, rafistolait sa culotte. Quelquefois, le lieutenant nous disait : « Ce n’est pas réglementaire, je n’ai droit qu’à un ordonnance, et m’en voilà deux. »
« On le laissait causer, et on avait plaisir à travailler pour lui, vu que le lieutenant de Grand-Air, c’est un officier comme y a pas meilleur. Quand on était au cantonnement de repos, on lui cuisinait, nous deux, des petits plats à se lécher les doigts. Ah ! c’était le bon temps !
« Un jour, quelques semaines après le mariage de M. de Grand-Air, Zidore m’a dit : « Va falloir se séparer, mon vieux. Mon lieutenant est envoyé auprès des grands chefs et il m’emmène. » On s’est embrassés et, je peux bien l’avouer, quoique ça soit drôle pour des soldats, on pleurait pareil des fontaines. »
Àcet endroit de son récit, Bécassine interrompit brusquement Évariste : « Puisque vous aimez tant mon petit Zidore, lui dit-elle, vous êtes mon ami, et il faut que je vous embrasse comme il a fait. » Évariste se laissa embrasser. Après ce touchant intermède…
… il reprit : « Les semaines d’après ont été pour moi les plus mauvaises de la guerre. On était en tranchées, vers la Somme, tout près des Boches. Il n’arrêtait pas de pleuvoir ; et rien à faire, pas la plus petite attaque pour se distraire ; on ne se fusillait même plus.
« Un jour, j’essayais de dormir dans l’abri pour oublier mon ennui. Tout d’un coup, j’entends du bruit, des rires et une voix ; il me semble reconnaître celle de Zidore. Comme vous pensez, j’ai pas été long à sauter sur mes pieds et à courir dans la tranchée.
« C’était bien mon copain. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre ; et puis il nous raconte que son lieutenant est tout près, au quartier général anglais, que lui a du temps libre, et qu’il profitera du voisinage pour venir souvent nous voir. Et tout de suite, il ajoute :