‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 37 sur 61 · 37

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« Faut faire une farce aux Boches. » Les farces, vous savez que c’est son fort. En un tournemain, il fabrique un mannequin ; il le dresse au-dessus du parapet. De la tranchée d’en face, on le prend pour un de nous ; on tire dessus je ne sais combien de cartouches. Ça nous amusait de voir qu’ils dépensaient…

« … comme ça leurs munitions pour rien. Mais ils n’ont pas été longs à éventer la farce ; ils ont voulu nous en faire une à leur tour. Nous avons vu paraître sur leur glacis un drôle de petit soldat, qui faisait des sauts de tous les côtés. On ne distinguait pas bien parce qu’il y avait du brouillard.

« Nous avions déjà le fusil à l’épaule quand ZIdore nous crie : « Ne tirez pas, c’est un chien ! » Et ça montre une fois de plus la férocité de ces bandits de Boches. Nous, on fait des farces drôles et pas méchantes ; la leur de farce, c’était de faire tuer ou blesser une pauvre bête inoffensive.

« Mais alors, il s’est passé quelque chose d’inattendu. Tout d’un coup, le chien leur a échappé ; il s’est mis à courir vers nous. Il a sauté dans notre tranchée ; il nous a fait des amitiés à n’en plus finir, et, depuis, il ne nous a plus quittés.

« Probable que la conduite de ses anciens patrons l’a égoûté : il est enragé contre eux. Quand nous prenons un prisonnier, il se jette sur lui et lui mord les mollets. D’autres fois, il grimpe sur le parapet et il aboie comme un furieux vers les Boches. Alors Zidore m’a dit : « Ce chien-là…

« … il finira par se faire tuer. Puisque tu vas en permission, porte-le donc à mam’zelle Bécassine. » J’ai fait la commission et je vous demande, mam’zelle, si vous voulez vous charger du chien. »

L’histoire contée par Évariste avait entièrement changé les sentiments de la brave fille. Elle caressa Hindenburg, qui se laissa faire de la meilleure grâce.

Mais, au bout d’un instant, il se dressa, courut vers la porte en faisant entendre des jappements joyeux. « C’est drôle, dit Évariste, c’est la cérémonie qu’il fait toujours quand vient Zidore, qui est celui de nous tous qu’il aime le plus. Pourtant, Zidore ne devait pas avoir de permission. » Comme il disait ces mots…

… la porte s’ouvrit et Zidore parut : « Bonjour, la compagnie, cria-t-il. On part pour l’Angleterre. Ordre arrivé ce matin. Madame vient avec nous. Vous aussi, mam’zelle Bécassine. Allez vite faire les malles… Paraît que c’est interdit d’entrer des chiens chez les Anglais. Faudra tout de même tâcher moyen d’emmener Hindenburg. »

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