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« … tenez, comme je fais là ; et les douaniers n’y verront que du feu. » Nous avons fermé le panier et nous sommes restés un peu à le regarder. Hindenburg s’est d’abord démené comme un diable, et puis il s’est calmé. Dame ! Dans les tranchées il a appris à se tenir immobile, sans avoir toutes ses aises.
« J’ai fait l’essai de porter le panier en mettant la bretelle sur mon épaule. C’est lourd, mais Zidore m’aidera. Après tous ces essais, nous sommes allés dîner.
« Le lendemain, le départ était à huit heures du matin. Il y avait beaucoup de monde à la gare pour dire adieu à nos maîtres : des infirmières, amies de Madame, des officiers, camarades de Monsieur, et même un général !
« Nous, comme de juste, on se tenait respectueusement un peu à l’écart. Alors, j’ai eu une surprise : j’ai vu venir le major Tacy-Turn. Ça m’a fait plaisir : il est si courageux et si bon malgré son air froid ! Je lui ai fait un beau salut.
« Il est venu droit à moi. Il était plus raide que jamais, et il parlais encore plus difficilement : c’est toujours comme ça quand il est ému. Il m’a dit : « Venu… pour vous. Secouons les mains. » Et il m’a donné une poignée de main à me décrocher les poignets.
« Et puis il a repris : « Quand serez… Londres… vous prie porter hommages à miss Grace… ma fiancée… Adresse sur cette enveloppe… Et lui donner… ça. » Ça, c’était une toute petite fleur qu’il a tirée de l’enveloppe et qu’il a regardée comme s’il avait envie de pleurer.
« Il a dit encore : « Cueillie pour elle… sur champ de bataille… Crains que la poste la perde. » Et puis il a de nouveau secoué les mains avec moi et avec Zidore que je lui ai présenté. Et il est parti de son même pas long et tranquille.
« Je suis restée tout étonnée et émue de cette petite scène. Mais le train entrait en gare. Je n’ai eu que le temps de ramasser mes bagages et de sauter avec Zidore dans un wagon de seconde classe, juste derrière celui de première où montaient nos maîtres.