‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 40 sur 61 · 40

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« Le train n’avait que deux minutes d’arrêt. Il est reparti avant que j’aie pu caser tous mes bagages. Comme j’étais debout, les bras levés et chargés de paquets, la secousse m’a fait perdre l’équilibre.

« J’ai dégringolé sur un gros territorial ; j’ai failli l’assommer avec mes colis. Je me suis excusée poliment. Il a été gentil ; au lieu de crier, il a ri, et il a dit : « J’aime encore mieux que ça soit vous qui me tombiez dessus qu’un obus de 420 ! »

« Mais je me suis aperçue d’un désastre : le panier d’Hindenburg s’était trouvé pris entre le militaire et moi ; il était tout disloqué. On l’a rafistolé comme on a pu avec des bouts de ficelle que les voyageurs nous ont donnés.

… « C’est grave, disait Zidore ; ce chien qui est si coureur ! Ça ferait du vilain s’il se sauvait au moment d’embarquer. Faudra y veiller. » La réparation terminée, Hindenburg s’est remis de lui-même dans son panier. Il s’y tenait debout, avec la tête sortie et les pattes appuyées au bord.

« Il avait l’air aimable et il faisait des espèces de sourires. C’est toujours comme ça, paraît-il, quand il voit des soldats français. Nous avons raconté son histoire. Elle a intéressé tous nos compagnons. Ils l’ont caressé et lui ont donné des friandises.

« Il n’y à pas grande distance entre A… et le port où nous allions nous embarquer. Un peu avant qu’on y arrive, M. Bertrand a ouvert la porte de notre compartiment. Vous pensez si nous nous sommes pressés de couvrir Hindenburg, puisque nous n’avions pas dit à nos maîtres que nous l’emmenions.

« Certainement, ce n’était pas bien de nous cacher ainsi d’eux, mais je ne l’ai compris que plus tard. Monsieur nous a appelés dans le couloir. Là, il nous a remis nos sauf-conduits. Il nous a recommandé de bien rester près de lui et de Madame, à la descente du train…

« … et aussi de bien surveiller notre langue, parce que, dans les ports, il y a beaucoup d’espions. « Vous surtout, Bécassine, qu’il a dit, soyez prudente ; si des inconnus vous interrogent, le mieux sera de ne pas leur répondre. » J’ai promis, et je suis revenue rassembler mes paquets.

« On entre en gare ; je descends vivement, et je me mets à suivre Monsieur et Madame. Ça n’était pas commode : il y avait de la foule, j’étais empêtrée de tout ce que je portais, et surtout de mon panier qui me tapait dans les jambes.

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