‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 41 sur 61 · 41

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« Je me trouve un peu retardée pour donner mon billet, et pour montrer le sauf-conduit au gendarme de service. Je presse le pas quand cette cérémonie est terminée, mais à ce moment-là, un individu qui ne marquait pas trop bien s’approche et m’offre de m’aider, de me guider.

« Il me pose un tas de questions indiscrètes : si je vais en Angleterre, si je n’accompagne pas un officier… Je ne lui réponds pas un mot ; et je le regarde d’un air… enfin de l’air que je prends dans les grandes occasions.

« Seulement, je n’ai pas pu le conserver longtemps, mon air des grandes occasions, parce qu’Hindenburg s’est mis à gronder, à se remuer comme un furieux. Tout à coup, il a poussé de toutes ses forces le couvercle, qui a sauté.

« Il a bondi hors du panier. Je ne le reconnaissais plus tant où avait l’air féroce. Il s’est jeté sur l’homme et il a happé le pan de sa veste.

« L’homme a pu le lui arracher, et s’est sauvé : le chien a couru après l’homme.

« Moi, j’ai couru après le chien.

« Je criais de toutes mes forces : « Hindenburg !… Hindenburg !… Arrêtez Hindenburg ! » Vous devinez l’émotion que ça produisait dans cette ville où tout le monde ne pense qu’à la guerre et aux espions. Tout d’un coup, j’ai vu l’homme par terre et mon chien qui lui sautait à la gorge…

« Ça m’a tellement remuée que j’ai à demi perdu connaissance. Quand je suis revenue à moi, deux agents m’emmenaient. Un d’eux disait à un camarade : « Ça doit être un chien de police ; l’homme qu’il a fait arrêter est un Boche qu’on recherchait…

« … depuis longtemps. » L’autre agent a répondu : « Savoir si cette femme-là n’est pas sa complice. » Ça m’a paru terrible, ce soupçon, mais j’ai senti quelque chose de chaud sur ma main ; j’ai regardé : c’était Hindenburg qui nous avait rejoints et qui me léchait ; ça m’a rendu tout mon courage.

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