‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 42 sur 61 · 42

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Les agents conduisaient Bécassine vers le poste de police. L’un d’eux, qui était petit, maigre, de teint jaune et d’air rageur, lui dit : « Si vous êtes reconnue complice du Boche, votre compte est bon : fusillée. » Et Bécassine faillit s’évanouir de nouveau.

Mais l’autre agent gourmanda son camarade : « C’est-y des manières de parler à une demoiselle, dit-il, surtout quand elle a, comme celle-ci, une bonne figure ! » Rassurée, Bécassine mit dans son regard la reconnaissance dont son cœur débordait.

On arrivait au poste. La prévenue et ses gardiens suivirent un couloir, puis s’arrêtèrent devant une porte, sur laquelle s’étalait cette inscription : Bureau des suspects, M. Proey-Minans, directeur. « Proey-Minans !… monologue Bécassine, je connais quelqu’un de ce nom-là. Où donc c’est-y que j’ai rencontré…

« … un monsieur Proey-Minans ? » Soudain, les souvenirs lui revinrent en foule. Elle se rappela qu’au début de la guerre elle avait été conduite à Paris, en auto, par M. Proey-Minans, homme fort savant, se consacrant à l’étude des caractères d’après les bosses du crâne…

… homme très myope, très distrait, très bienveillant, et grand ami de M de Grand-Air. S’adressant à Hindenburg, qui s’étais assis philosophiquement, elle lui dit : « Si c’est le même, nous ne serons pas fusillés. »

Au coup discret frappé par le gros policier, une voix si douce qu’on l’entendait à peine répondit d’entrer. Ils obéirent. Celui à qui appartenait la voix travaillait, à demi-caché par des livres amoncelés sur son bureau et par un buste phrénologique.

Il demanda : « Vous m’amenez un suspect ? — Une suspecte, rectifia le gros gardien. — Est-elle dangereuse ? — Douce comme l’agneau qui vient de naître. — Qu’elle s’asseye sur cette chaise, tout près de mon bureau. Je m’occuperai d’elle dans un instant. » Bécassine s’assit.

Cependant notre héroïne s’était penchée pour voir celui de qui son sort dépendait. Elle n’eut pas de peine à le reconnaître Prenant de nouveau Hindenburg pour confident, elle lui dit : « Ça va bien, c’est mon Monsieur. »

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