‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 44 sur 61 · 44

44

Bécassine raconta sans en rien omettre les événements que nous connaissons. M. Proey-Minans l’écoutait avec un vif intérêt. Quand elle eut terminé, il lui dit : « Que d’aventures vous avez traversées, mon enfant ! Elles ont dû modifier votre crâne. Retirez votre coiffe, je vous prie. »

Il lui palpa la tête, se reporta à la fiche qu’il avait rédigée lors de leur précédente rencontre, et déclara : « Je le pensais bien ; la bosse du courage s’est développée ; également celle de l’ingéniosité. Ah ! la phrénologie !… Quelle science… » Il congédia les gardiens…

… puis entreprit de raconter à Bécassine comment il avait été pourvu de son emploi policier. « Mais, d’abord, lui dit-il, enfermez Hindenburg dans son panier. Je ne saurais supporter la vue d’un boche, même chien. » Bécassine, à regret, enferma son compagnon.

« J’étais désireux de servir mon pays, reprit M. Proey-Minans. Ne pouvant le faire par les armes, je me rendis à un ministère nouvellement créé, le ministère de l’Utilisation des Aptitudes. Une foule nombreuse s’y pressait. Je montrai ma carte à un huissier…

« … et grâce à mon titre de membre de plusieurs académies, cet homme, respectueux de la science, m’introduisit fort aimablement dans le salon d’attente du ministre. J’eus le plaisir d’y trouver deux personnes de ma connaissance, venues comme moi pour offrir leurs services.

« C’étaient M. Gradouble, mon charcutier, et un de mes amis, ingénieur fort distingué, qui dirigeait avant la guerre une importante fabrique de ressorts à boudin. Nous nous serrâmes la main, et tous trois ensemble nous entrâmes chez M. le Ministre.

« Quel homme charmant que M. le ministre de l’Utilisation des Aptitudes ! Et quel homme distingué ! Bien entendu, je n’ai pas pris la liberté de tâter son crâne, mais je l’ai observé à loisir pendant la conversation, ce qui me fut facile, car il est entièrement chauve.

« C’est un beau crâne : il a cette particularité, que j’ai remarquée sur beaucoup de crânes ministériels, de ne présenter aucune bosse.

M. le Ministre nous écouta fort complaisamment.

Page 1