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« Après les aventures qu’on vous a racontées, j’ai passé deux jours bien tranquille à attendre le départ du bateau pour l’Angleterre. Presque toute la journée, j’étais dans le bureau de M. Proey-Minans. Il a essayé de m’apprendre la phrénologie. Entre nous, je n’y ai pas compris grand’chose…
« Je confondais toutes les bosses. Le jour du départ, ce bon M. Proey-Minans a eu la gentillesse de m’accompagner à bord et de me recommander au capitaine. J’étais émue de me séparer de lui. Et puis, j’étais émue aussi à cause des sous-marins.
« Ça n’était pas précisément de la peur, mais quelque chose d’approchant. Le capitaine m’a assuré qu’il n’y avait pas de danger, vu qu’il avait de bons guetteurs et un canon pour tirer sur les pirates. Je lui ai proposé de guetter aussi.
« C’est ça, qu’il a dit en m’installant à l’avant, près du canon ; guettez bien ; vous me préviendrez si vous voyez le père Iscope. » Je suppose que ce père Iscope, dont on parle tant, c’est un assassin dans le genre de ce vieux forban de Zeppelin. Pendant toute la traversée, j’ai écarquillé mes yeux.
« … mais je n’ai vu ni père ni fils Iscope, ni personne de leur famille. On est arrivé vers le soir à un port anglais dont je ne vous dirai pas le nom. (Taisons-nous ! Méfions-nous !!!) Là, il a fallu passer à la douane, à la police, et puis attendre pas mal de temps le train pour Londres.
« Dans le compartiment où je suis montée, nous étions empilés comme des sardines. Des soldats permissionnaires surtout. J’ai essayé de causer ; mais ils répondaient tout juste : « Aoh !… Yes… Nô… » Et, au bout d’une demi-heure, tout le monde dormait, excepté moi qui n’ai pas pu fermer l’œil.
« Probable que les émotions de la journée m’avaient énervée. Aussi, quand on est arrivé, vers huit heures du matin, j’étais bien fatiguée. J’ai fouillé toutes mes poches, à la recherche d’un bout de papier sur lequel M. Proey-Minans avait écrit l’adresse de la maison de mes maîtres et les rues à prendre…
« … pour y aller. Déjà je croyais l’avoir perdu, et j’étais toute désolée, quand je me suis rappelé que je l’avais fourré sous ma coiffe. C’est souvent comme ça : je prends tellement de précautions pour ne pas égarer mes affaires que j’ai toutes les peines du monde à les retrouver.