‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 48 sur 61 · 48

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« Je commence à croire que j’ai quelque chose de plaisant dans la figure, car presque tous les gens que je rencontre se prennent d’amitié pour moi. Il ne nous a pas fallu plus de cinq minutes, à Émile Chartier et moi, pour être amis et nous donner des grandes poignées de main. Émile Chartier, c’est le soldat dont je vous ai parlé.

« Il est Canadien français, et, en attendant d’aller au front, il sert de planton à mon maître. Pendant qu’il me donnait ces renseignements, nous avons vu arriver Zidore, tout rouge et essoufflé. Du plus loin qu’il m’a aperçue, il m’a crié : « Ah ! vous voilà, mam’zelle Bécassine ! Qu’est-ce que vous êtes devenue…

« … depuis plus de deux heures que votre train est entré en gare ? J’ai galopé à votre recherche pendant qu’Émile vous guettait ici. » Je lui ai raconté ce qui m’était arrivé. Mon histoire avec le cocher l’a bien amusé. « Tout de même, qu’il a dit, ça vous a coûté cher de ne pas savoir l’anglais ! »

« Eh bien ! a riposté Émile, il faut qu’elle l’apprenne. Je ferai le professeur. Je sais comment ça se pratique : j’ai été domestique dans une école Berlitz, à Québec. » Tout en causant, nous étions entrés dans la maison. Émile m’a conduite dans la salle à manger, et il a ouvert le buffet en disant : « Nous allons commencer tout de suite les leçons.

« Il a pris un verre, un couteau, une serviette, une cuiller ; il les a mis sur la table, et il s’est placé devant avec un air attentif et grave. Moi, je ne voyais pas à quoi ces ustensiles pouvaient servir pour une leçon d’anglais. J’ai demandé histoire de plaisanter : « C’est-il que vous allez faire des tours, monsieur Émile. »

« Ça a fait rire Zidore, mais Émile a répondu, d’un air vexé : « Je ne suis pas faiseur de tours, je suis professeur… Commençons… Mais d’abord, Zidore, fais-moi le plaisir de t’en aller. Dans la méthode Berlitz, le professeur doit être seul avec son élève. » Zidore aurait bien voulu rester, mais Émile ne l’a pas permis.

« Quand nous avons été seuls, il m’a fait mettre à côté de lui, et il a commandé : « Défense de parler français. Je vais dire des mots anglais, vous les répéterez jusqu’à ce que vous les ayez bien dans la tête, et vous tâcherez de comprendre, d’après mes mouvements, ce qu’ils signifient. »

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