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« Elle était encore couchée. Elle s’est dépêchée de se lever et de passer sa robe de chambre et elle a dit : « Ce sera une journée fatigante ; il faut remettre de l’ordre dans l’appartement, il en a besoin. »
« Oh ! oui ! qu’il en avait besoin ! Pensez donc : plus d’un an qu’il n’avait pas été habité ! Nous sommes entrées dans le salon, et en voyant tout ce qu’il y avait à faire, je suis tombée assise, de découragement, sur le grand tapis roulé en un gros rouleau.
« C’est pas que je sois paresseuse de ma nature ; mais le plus dur pour moi, c’est de me mettre en train. Quant à Madame, elle va toujours tout droit à son devoir. Pendant que je me prélassais, déjà, elle retirait les housses, les pliait soigneusement.
« Ça m’a fait honte plus que si elle m’avait grondée. J’ai été demander à l’oncle Corentin de me donner un coup de main. À nous deux, nous avons fait le gros ouvrage, pendant que Madame s’occupait des bibelots, des vitrines, des choses fines, quoi ! des choses de dames.
« On a soufflé un peu en déjeunant ; et puis je me suis remise à la besogne. J’y allais de bon cœur, je vous assure. J’étais lancée, j’étais en train ; je brossais, je secouais, je tapais de toutes mes forces et, sans même m’en apercevoir, je criais… des choses que vous saurez tout à l’heure.
« Pendant ce temps-là, Madame était dans son boudoir, sur la chaise longue ; un peu fatiguée, elle faisait une petite sieste. Malheureusement, le train que je menais l’a réveillée.
« Elle est entrée dans le salon sans que je m’en aperçoive. Quand elle m’a parlé, je suis restée pétrifiée, ma tapette en l’air. Elle m’a demandé :
« Qu’est-ce que cela signifie, Bécassine ? Je vous entends crier : Tiens, sale Boche ! Voilà pour toi, sale Boche ! En veux-tu encore, sale Boche ?… Et je vous trouve seule. À qui en aviez-vous ? »
« Alors, j’ai pas pu m’empêcher de rire. J’ai expliqué : « Voilà, madame, c’est le tapis et les fauteuils que j’appelle sales Boches… Ça me donne du courage pour taper dessus. »