‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 51 sur 61 · 51

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… elle arriva à l’adresse donnée par le major. Elle vit un hôtel particulier, petit et modeste, mais d’aspect confortable. Au moment d’entrer, une inquiétude la prit : « Si la miss ne parle pas français, demanda-t-elle, comment que je me débrouillerai ? » Émile entreprit de la rassurer.

« — Vous commencez à comprendre l’anglais, dit-il. — Mais y a bien des mots que je comprends pas. Quoi que je ferai quand je ne comprendrai pas ? » Émile réfléchit, puis émit cet avis : « Répondez yes. C’est plus poli. »

Et il s’éloigna en compagnie de Zidore.

Bécassine sonna, une jeune bonne vint ouvrir. « Je voudrais voir miss Grace, dit Bécassine. — Do you speak English ? (parlez-vous anglais ?) » demanda la bonne. Bécassine repassa mentalement ses dernières leçons, n’y trouva rien qui pût lui donner le sens…

… de ces mots mystérieux. Fidèle au conseil d’Emile, elle dit : « Yes. » La petite bonne la fit entrer dans le vestibule et lui parla avec volubilité en anglais en lui montrant tour à tour les deux portes intérieures du vestibule.

Sa voix se fit interrogative ; et Bécassine, se rendant compte qu’elle lui posait une question, répondit encore yes. Alors la bonne ouvrit la porte de gauche et introduisit la visiteuse dans un petit salon. Elle recommença à parler, en touchant fréquemment la tête et la bouche de Bécassine.

Quand elle eut terminé, Bécassine poussa un nouveau yes. Ce yes sembla positivement désoler la bonne. Avec une expression si compatissante que Bécassine s’en sentit vaguement inquiète, elle installa celle-ci dans le meilleur fauteuil.

Elle fit encore, en montrant la porte du fond du salon, un petit discours. Les mots : « patience » et « courage. » y revenaient fréquemment. Puis elle tira de sa poche de l’ouate et en mit un morceau dans chacune des oreilles de Bécassine.

Après quoi elle sortit en disant de nouveau : « Patience ! Courage ! » Bécassine resta dans son fauteuil, complètement ahurie par cette réception, regardant avec appréhension la porte que la petite bonne lui avait désignée à plusieurs reprises, et derrière laquelle il lui semblait parfois entendre des plaintes étouffées.

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