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Bécassine était depuis près d’un quart d’heure dans son fauteuil et commençait de s’y assoupir…
… quand un grand cri, une sorte de hurlement de douleur retentit derrière la porte. Elle se leva d’un bond, s’approcha, prêta l’oreille. Elle n’entendit d’un bruit confus de voix parlant en anglais.
Elle resta un instant toute tremblante, hésita sur ce qu’elle devait faire, puis, la peur prenant le dessus, décidée à s’enfuir, elle se précipita dans le vestibule. Mais elle s’y trouva en présence de la petite bonne.
Avec son même air compatissant, celle-ci lui prit la main, lui répéta : « Patience ! Courage ! » et la ramena dans le salon. Bécassine se laissa faire.
Àce moment, la porte mystérieuse et effrayante s’ouvrit. « Courage ! Courage ! » dit la petite bonne en poussant devant elle Bécassine.
La pièce où elles entrèrent n’avait rien de tragique : Bécassine n’y vit que deux dames causant ensemble, l’une vêtue à peu près en infirmière, l’autre en costume de ville, et qui se tamponnait la bouche avec son mouchoir. Cette dernière sortit.
L’autre dame posa à la bonne quelques questions, puis elle désigna à Bécassine un fauteuil où notre amie s’assit, non sans le trouver d’aspect bizarre : jamais elle n’avait vu un meuble aussi étrange.
La bonne lui tendit un verre. Bécassine avait le gosier desséché par les émotions qu’elle venait de subir. Elle flaira le contenu du verre, lui trouva un agréable parfum de menthe et but d’un trait. Elle ne comprit pas ce qu’il y avait de risible dans ce qu’elle avait fait.
Mais de voir rire les deux femmes qui étaient près d’elle lui rendit un peu de courage. Elles ne semblaient d’ailleurs nullement méchantes, ces deux femmes. « Vô soffrez ? » lui demanda l’infirmière. Elle hésita : était-ce du français ou de l’anglais ? L’accent lui fit croire…