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Bécassine avait été violemment émue par les incidents, encore mystérieux pour elle, qui venaient de se dérouler. Sa protectrice la vit près de se pâmer. Elle la conduisit à un fauteuil.
Au moment de s’y asseoir, Bécassine demanda d’un ton craintif : « Est-ce qu’il va me grimper encore au plafond, celui-là ? » On lui assura que c’était un honnête fauteuil, dépourvu de toute mécanique menaçante. Alors seulement elle s’y installa.
Quand son trouble fut dissipé, la jeune fille lui dit : « Je suis miss Daisy Grace, la fiancée du major Tacy-Turn. » À ces mots, Bécassine se leva d’un bond, chercha longuement dans sa poche,…
…en tira enfin une enveloppe et la tendit en disant : « Miss, voilà la petite fleur que le brave major a cueillie pour vous sur le champ de bataille. » Elle était bien fanée et froissée, la pauvre fleur ; …
… cependant la fiancée la regarda avec beaucoup d’émotion. Cher, cher major, murmura-t-elle. Parlez-moi de lui, miss Bécassine. » Et Bécassine en parla avec une si chaleureuse sympathie que Daisy ne put s’empêcher de dire en souriant : « Je vais être jalouse. — Oh ! protesta Bécassine, j’aime bien le major,…
« … mais je ne voudrais pas me marier avec lui. Un mari qui est la moitié de sa vie dans les nuages, ça ne me plairait pas. — Me voilà rassurée, » dit Daisy, riant tout à fait. Pendant cette conversation, l’infirmière et la petite bonne s’étaient approchées.
Daisy les présenta : « Miss Mary Grace, ma sœur, dit-elle, est une des meilleures dentistes de Londres. » Et elle expliqua comme quoi la petite bonne Betty, et miss Mary elle-même, avaient cru que Bécassine venait se faire opérer. « Pourquoi que vous avez cru ça ? » interrogea celle-ci.
« — Dame, fit Betty, je vous ai demandé si vous parliez anglais, vous avez dit yes. Si vous veniez pour miss Mary, vous avez dit yes. Si vous souffriez, vous avez dit yes. Si vous aviez des dents à arracher, vous avez dit yes. — Je ne dirai plus jamais yes », affirma Bécassine, en frémissant à la pensée du danger que sa mâchoire avait couru.
Le malentendu étant ainsi éclairci, Daisy déclara qu’on allait prendre le thé dans la partie de l’hôtel qui était son domaine particulier. Elles entrèrent dans une coquette salle à manger.