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Daisy donna un ordre en anglais à Betty, qui ouvrit à deux battants une porte située au fond de la pièce. Et Bécassine vit paraître un joli groupe d’une dizaine de petites filles portant des fleurs bleues, blanches et rouges.
Elles entrèrent, remirent leurs fleurs à la brave fille stupéfaite et émue. Puis la plus grande lui lut un compliment en français où les mots « courageuse aviatrice » revenaient souvent.
L’émotion, la fierté de se voir l’objet d’une telle réception bouleversaient Bécassine. Riant et pleurant en même temps, elle embrassait les petites filles. « Ah ! les chéries, les chéries ! » répétait-elle.
Elle embrassa aussi miss Daisy, sa sœur et Betty ; et elle se confondait en remerciements. « C’est moi qui dois dire merci, répliqua gentiment Daisy : vous avez apporté la petite fleur ; et vous avez rendu un grand service à mon cher fiancé. »
Le thé, accompagné de gâteaux et de bonbon, termina la fête. Bécassine leur fit largement honneur. Pendant qu’elle savourait ces bonnes choses, Daisy lui confia que toutes les petites filles étaient des orphelines de la guerre, qu’elle réunissait chaque jour chez elle. Bécassine les embrassa de nouveau avec plus de tendresse encore.
Puis, le moment de la séparation étant venu, elle fit des adieux émus. Tandis qu’elle renouvelait les remerciements, miss Mary la regardait avec attention : « Vraiment, dit-elle, vô sôffrez pas ? — Nô ! nô ! » cria Bécassine.
« — Pourtant, insista la dentiste, je vois là (elle lui toucha la joue) un peu fluxion. » Mais à sa grande stupéfaction, la fluxion changea de joue. « C’est un bonbon qui ne veut pas fondre, » dit Bécassine.
Et elle se hâta de sortir, épouvantée par le souvenir du terrible fauteuil et de l’opération qu’elle avait failli y subir.