‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 60 sur 61 · 60

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« Le lendemain de ce dîner que je vous ai raconté et qui a bien fini après avoir mal commencé, j’ai rencontré M. le ministre sur la place du village. Comme je n’étais pas trop fière de ma bêtise de la veille, j’ai eu peur qu’il me gronde et j’ai cherché à l’éviter.

« Mais il est venu à moi et j’ai été toute surprise de l’entendre me dire que j’avais montré un grand esprit d’à-propos, que mes aptitudes avaient été à la hauteur de circonstances difficiles ; il a ajouté un tas de compliments en phrases si belles que je ne saurais pas les répéter.

« Il a conclu : « Je voudrais vous offrir quelque chose en remerciement. Avez-vous un désir à m’exprimer ? » Je lui ai dit que mon plus grand désir, c’était de visiter le camp, parce que j’aime tout ce qui est militaire. Il s’est tourné vers un officier qui l’accompagnait, et il lui a demandé :

« Est-il possible de lui donner une autorisation, mon colonel ? » Le colonel a répondu que, d’ordinaire, l’accès du camp était interdit aux femmes, mais qu’il consentirait à une exception pour faire plaisir au ministre, et il m’a écrit un permis pour l’après-midi.

« Je suis rentrée à la maison, où j’ai trouvé Zidore. Il ne m’a pas laissé le temps de lui raconter ce qui venait de se passer. « Ah ! mam’zelle Bécassine, qu’il m’a dit, quel malheur que vous ne puissiez pas voir le camp ! J’en arrive. C’est magnifique : figurez-vous des canons presque aussi hauts que la tour Eiffel,…

« … des autos blindées (des tanks qu’on les appelle), grands à pouvoir y mettre une famille d’éléphants. » Il a continué à parler comme ça en faisant des grands gestes. Moi, je commence à connaître mon Zidore ; je voyais bien à sa figure que tout ce qu’il me racontait là, c’étaient des craques. Je l’ai laissé aller…

« … et quand il a eu fini, je lui ai dit d’un air tout bonasse : « Eh bien ! tu me montreras ça tout à l’heure. J’ai un permis. » C’était visible qu’il était attrapé. Il a essayé de s’en tirer en prétendant qu’il devait rester aux ordres du lieutenant, mais c’était encore une craque, et le lieutenant, qui est entré à ce moment…

« …lui a dit de disposer de son après-midi et de me guider dans le camp.

« Nous y sommes allés après le déjeuner, avec Auguste que le ministre avait autorisé aussi. C’est très curieux. J’ai vu des beaux canons, un de ces fameux tanks, qui ressemblent à des animaux en fer.

« Un sergent m’a montré les abris souterrains où on se réfugie quand des avions sont signalés et même…

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