‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 7 sur 61 · 7

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« Y a rien que je déteste comme la vermine. Je me suis tortillée dans tous les sens pour tâcher de le trouver, ce maudit cafard ; mais M Alphonsine, qui riait plus fort que les autres, m’a dit : « Ne le cherchez pas, Bécassine, c’est dans votre cervelle qu’il est. » Je suis partie, sans autre explication.

« Mais, en chemin, ça me tourmentait cette histoire de cafard. Ma parole, il me semblait que je le sentais remuer et gratter dans ma tête. Tout d’un coup, j’aperçois une affiche sur laquelle il y avait en lettres énormes : « Victoire ! Victoire ! »

« Faut vous dire que c’était dans le moment que nos braves soldats attaquaient à Verdun. De voir « Victoire ! Victoire ! » ça me fait monter les larmes aux yeux, et je ne peux pas lire la suite. Y avait un agent à côté. Je lui dis bien poliment :

« — Pardon, M’sieu. Est-ce que c’est le communiqué ? » Il m’a regardé d’un air ahuri ; il a touché son front comme on fait en parlant d’une personne qui est folle, et il m’a répondu d’une voix toute gentille : « Oui, mon enfant, oui ; ne vous agitez pas ; c’est le communiqué. »

« Mais mes yeux s’étaient séchés : J’ai pu lire toute l’affiche. Il y avait : VICTOIRE ! VICTOIRE ! sur les cafards, puces et punaises, par la poudre Perlimpinpin. En vente partout. Ce n’était pas le communiqué. C’est bête de donner des émotions aux gens avec des affiches pareilles ; la police ne devrait pas permettre ça.

« Tout de même, puisque ce Perlimpinpin permet de remporter la victoire sur les cafards, j’en ai acheté une boîte au bazar, et puis j’ai galopé chercher Madame, et nous sommes revenues à la maison. Nous venions de rentrer quand le concierge monte…

« … apportant une dépêche. Ça effraye toujours en temps de guerre. J’étais toute tremblante, Madame aussi ; mais dès qu’elle a eu lu, elle a dit : « Quelle joie ! M. Bertrand et sa femme arrivent demain ; Zidore les accompagne. » J’étais si contente que j’ai lâché mon Perlimpinpin.

« La boîte s’est ouverte ; ça a fait un grand nuage. Nous en avons éternué cinq minutes. C’est-il d’avoir respiré cette drogue, ou bien du plaisir que la dépêche m’a faite, je ne pourrais pas vous le dire ; ce qui est certain, c’est que le cafard est mort.

« Je ne le sens plus gratter dans ma cervelle ; je ne bâille plus, je suis contente, je ris toute seule. Je crois même que, dans ma chambre, avant de me coucher, j’ai un peu dansé. »

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