‹ Bécassine chez les AlliésChapitre 8 sur 61 · 8

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« M. Bertrand est ici depuis quelques jours, avec sa femme, qu’on appelle M Thérèse, pour la distinguer de l’autre M de Grand-Air, ma maîtresse. Madame, la mienne, m’a permis d’entrer au salon pendant que M. Bertrand racontait ce qui est arrivé à lui et à Zidore, à leur retour au front, après le mariage. C’était émouvant comme un cinéma.

« Paraît que leurs blessures les faisaient encore souffrir. Et puis les Boches ont lancé leur sale pharmacie de gaz. Ça les a un peu incoliqués (je suis pas sûre que c’est tout à fait ce mot-là qu’a dit M. Bertrand) ; alors son colonel est venu le voir à l’hôpital.

« Il lui a dit : « Vous ne pouvez pas retourner sur le front ; allez vous guérir chez vous et je m’occuperai de vous faire attacher à un service d’état-major. » Comme M. Bertrand achevait son histoire, on a sonné ; j’ai été ouvrir. C’était un planton du ministère, avec une enveloppe.

« J’ai voulu la prendre, mais il n’a pas voulu ; il a dit : « Non, c’est pour votre maître ; je dois la remettre en mains propres. » J’ai failli me fâcher, parce que j’aime pas beaucoup qu’on se donne l’air de croire que j’ai les mains sales.

« Mais je respecte trop l’armée pour disputer un militaire. J’ai fait entrer le planton ; M. Bertrand lui a signé un bout de reçu ; et puis après avoir lu, il a expliqué qu’il allait avoir une série de missions auprès des états-majors des gouvernements alliés.

« … et qu’il était autorisé à emmener Zidore comme ordonnance. Ça m’a émue de penser que ce petit Zidore, que j’ai quasiment élevé, allait être à tu et à toi avec tous les grands généraux, les rois et les empereurs. Ça m’a fait craindre qu’il m’oublie et me dédaigne ; je lui en ai touché un mot en dînant.

« Il m’a répondu : « Vous en faites pas, mamz’elle ; quand on a vu Verdun et la Somme, on s’étonne plus de grand’chose. Sauf le plaisir d’être avec mon officier, où j’aimerais le mieux aller, c’est dans la tranchée où sont les camarades. » Quel brave petit ! et dire qu’ils sont des millions comme ça ! J’ai pas pu me tenir de l’embrasser.

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