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Pendant trois jours, César dessina, et Bécassine découpa un stock important de ce que le peintre appelait pompeusement : « Le protège-vitre Bécassine, merveille de l’art et de la science. »
Il y avait plusieurs modèles.
Le plus réussi représentait notre héroïne, calme et souriante, tandis qu’obus et bombes éclataient autour d’elle, et qu’un gotha planait à quelques centimètres de sa tête.
Les premiers exemplaires furent vendus par elle…
… à des petites filles qui sortaient du catéchisme. Toutes voulaient avoir, sur leurs fenêtres, l’image de leur grande amie. Elles firent au « protège vitre Bécassine » une réclame qui en assura le succès.
Cécar encaissa de belles recettes. Il les notait soigneusement sur un petit carnet, et prédisait à son associée qu’ils n’attendraient plus longtemps la fortune.
Malheureusement, Bertha, qui pendant un peu plus d’une semaine était restée silencieuse, se réveilla. Les gros obus recommencèrent à tomber ; les gothas revinrent ; il y eut une terrible hécatombe de vitres, et celles qu’on avait munies de bandes plus ou moins artistiques ne furent pas plus épargnées que les autres.
Cela porta un coup funeste à la « merveille de l’art et de la science ». Brusquement, les commandes cessèrent. « Addio la fortoune ! » dit César avec navrement.
Mais après quelques instants, se redressant, il reprit : « Zé né mé laisserai pas abattre ; zé loutterai. Plous moyen de vendre les protèze vitres puisqu’il n’y a plous de vitres, mais on peut faire fortoune en remettant les vitres. — Remettons des vitres »…
… consentit Bécassine. Avec le reste de ses gains précédents, César acheta un assortiment de verres de toutes dimensions. Bécassine voulut se charger du châssis sur lequel ils étaient disposés.
Mais César ne le permit pas « Zé souis oune zentilhomme, dit-il ; oune zentilhomme, il né laisse pas oune femme faire le portefaix. » Il mit le châssis sur ses épaules et ils partirent. Bécassine marchait en avant, criant de temps à autre :
« V’là l’vitrier qui passe… Oh ! l’vitrier. » César protesta : « C’est faux… Çantez comme moi : la, mi, mi, mi… » Et comme elle essayait sans succès, il déclara : « La signorina, elle n’est pas mousicale, c’est moi qué zé vais çanter. »
Lui, il l’était, musical, comme beaucoup de ses compatriotes. Il enjoliva le très simple air traditionnel de variantes, de roulades et de vocalises. Il chantait la main sur le cœur avec des gestes et des mines d’acteur.