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… se demandant où aller, où coucher. Heureusement, elle se rappela que des compatriotes lui avaient fait l’éloge d’un petit hôtel situé dans les environs…
… de la gare Montparnasse. Elle s’y rendit, obtint des patrons une chambrette sous le toit et, quand elle y fut, elle déclara, enchantée : « C’est pas le genre Palace, mais c’est propre et bien convenable pour une demoiselle. » Tout en se déshabillant, elle réfléchit qu’il faudrait envoyer son adresse à M de Grand-Air. Mais elle n’eut pas le courage d’écrire ce soir-là ; le lendemain, elle n’y pensa plus, et la lettre projetée ne fut jamais faite.
L’hôtel, dénommé Au Rendez-vous des Bretons, devint donc le domicile de Bécassine. Dès le premier matin de son séjour, à la pique de l’aube, elle se dressa, inquiète.
… sur son lit. Une sorte de chant, monotone et doux, était la cause de son émoi. « Quoi que c’est encore que ça ? se demanda-t-elle… Une musique de sirène ?… Un avion ?… » Mais, dormeuse de sa nature, elle ne put se décider à se lever.
Les deux jours suivants, la même scène se reproduisit. Le troisième jour enfin, la curiosité l’emporta. Bécassine sauta de son lit, courut à sa fenêtre. Elle donnait sur une cour étroite. À la fenêtre d’en face, elle vit l’auteur du bruit qui l’avait tant intriguée.
Coiffé d’un fez, les mains levées à hauteur des oreilles, il chantait une sorte de complainte où le mot « Allah ! » revenait fréquemment. Et, chaque fois qu’il disait ce mot, le chanteur faisait une profonde inclination. « C’est un fou pensa Bécassine. Il ne faut pas le contrarier…
« … ça pourrait le rendre furieux ! » Elle lui fit son plus gracieux sourire.
L’homme parut enchanté et cria : « Allah ! Allah ! » avec un redoublement d’énergie. Trompée par son geste et par le mot qu’elle entendit mal, Bécassine crut que le fou voulait jouer au téléphone.
Toujours dans l’intention de ne pas le contrarier, elle fit, de ses mains, des cornets, et cria : « Allô ! Allô ! » À quoi l’inconnu répondit : « Allah ! Allah ! »
Puis, l’homme au fez s’arrêta de chanter. Sortant, autant qu’il le put, le corps de sa fenêtre, il dit : « Y a bon. Ti être Bécassine… Mi être Ben Kaddour… Ti mi empêcher être tué par Bertha… Ça qu’est bon ! Ben Kaddour content besef ! »