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Ben Kaddour était superstitieux. Pour se garantir de la terrible Bertha, il achetait tous les fétiches à la mode. Sa veste ressembla bientôt à un étalage de camelot.
Mais il avait peu de confiance en ces gris-gris. Un jour, il vit apparaître sur un grand nombre de fenêtres la Bécassine protège-vitres. Il fut persuadé que c’était là l’image de quelque personnage miraculeux dont la protection était souveraine…
… et quand le hasard lui eut fait découvrir la vraie Bécassine, il s’attacha à ses pas. À ce moment, le canon monstrueux s’acharnait ; Bécassine jugeait prudent de ne sortir que sous l’abri relatif de son parapluie.
Un jour, un obus éclata non loin d’elle. Ben Kaddour, qui la suivait à quelques mètres, fut jeté contre la brave fille, se cramponna machinalement à elle. Ils ne furent pas touchés ; mais un bizarre phénomène se produisit.
Le vent de l’explosion s’engouffra sous le parapluie ; Bécassine et son compagnon furent enlevés de terre, et, l’espace de deux ou trois secondes, tourbillonnèrent à quelques centimètres du sol.
Un autre jour, ils suivaient les quais. Une sourde détonation retentit ; du ciel ensoleillé, une pluie aussi diluvienne que courte tomba soudain, inondant les passants.
C’était une trombe d’eau soulevée par un obus éclaté dans la Seine. Le parapluie protégea nos deux personnages.
Émerveillé de ce qu’il prenait pour un prodige,…
… Ben Kaddour s’était jeté à genoux devant Bécassine. « Gros bêta ! » se contenta de dire celle-ci, mais au fond, elle était flattée de la vénération du musulman.
De ce jour, il la suivit avec une fidélité de caniche. Parfois, agacée, elle voulait le renvoyer ; mais il larmoyait : « Ça macache bono, Médème Cassine ; toi vouloir moi crabouillé par Bertha. » Et il paraissait si malheureux, qu’apitoyée, elle n’insistait pas.