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Cependant, Bécassine avait cessé d’être l’associée de César, et cherchait un nouveau métier. Elle demanda conseil aux patrons de son hôtel, des compatriotes qui étaient rapidement devenus ses amis.
« Savez-vous faire les cheveux et la barbe ? questionnèrent-ils. — Ma Doué, répondit-elle, ça m’est arrivé d’aider le perruquier de Clocher-les-Bécasses les jours de foire. — Alors, allez vous présenter chez Cozic, le coiffeur, vous savez, au bout de la rue. Faute de garçons…
« … il engage parfois des femmes. » Bécassine y courut. La boutique était pleine de permissionnaires qui venaient se faire barbifier avant de prendre leur train à la gare Montparnasse. Tous étaient pressés, Cozic ne savait à qui entendre.
Aux premiers mots de Bécassine, il demanda : « Vous savez couper les cheveux ? — Pas difficile, patron : on met un bol sur la tête et on taille ce qui dépasse. — Vous savez raser ? — Pas difficile : on met le pouce dans la bouche, pour tendre la joue, et on gratte. »
« — Parfait, conclut Cozic, vous avez les bons principes. Voilà un rasoir. Allez gratter les clients qui sont là-bas, au fond. Ça vous fera la main. Ils dorment de si bon cœur que si vous les coupez, ils ne s’en apercevront pas. »
Ils étaient deux, un grand et un petit.
Déjà préparés par le patron, ils avaient la figure couverte d’un masque de savon qui cachait tous leurs traits. Bécassine introduisit son pouce dans la bouche ouverte du plus petit, joua du rasoir. Elle y allait d’une main vigoureuse,…
… le patient, sans se réveiller, s’agitait, gémissait, balbutiait des phrases confuses : « Je roule dans les barbelés… Un tank qui se promène sur ma figure. » Bécassine le maintenait, et, imperturbable, continuait son opération.
Mais, peu à peu, le savon était enlevé, les traits reparaissaient, et soudain Bécassine cria : « Ma Doué, c’est Zidore ! »
« — Présent ! » fit le petit soldat, qui ouvrit les yeux, les frotta avec énergie, se dressa.