‹ Bécassine chez les TurcsChapitre 20 sur 61 · 20

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Le Yémen, petit vapeur de commerce, employé depuis la guerre comme transport mixte, était sous pression à son appontement de Marseille. Sa sirène appelait avec insistance les passagers retardataires.

Devant la passerelle, se tenait un groupe composé de la marquise de Grand-Air, de sa nièce, la femme du lieutenant Bertrand, du chien Hindenburg et d’un correct valet de chambre qui n’était autre que M. Proey-Minans.

« Enfin, voici Bertrand ! » dit la marquise. Le lieutenant revenait, tout courant, de la gare où il avait été s’informer du train qui devait amener Zidore, Stentor et peut-être Bécassine. « Il y a eu un retard, dit-il, le train…

« … était signalé quand j’ai quitté la gare. Ils peuvent encore arriver à temps, mais ce sera juste. — Et probablement, ajouta la marquise, Bécassine commettra quelque bévue qui fera tout manquer. Quelle idée, Thérèse, de vous…

« … embarrasser d’elle pour ce lointain voyage ! — Elle est si bonne, ma chère tante, et elle me tiendra compagnie à l’hôpital de Salonique ! — Et puis, dit M. Proey-Minans, elle m’est indispensable pour mes importantes fonctions de contre-espionnage…

« … Comme tous les simples, Bécassine a du flair. Le flair, c’est tout, en matière policière. Le flair et l’intuition. Dois-je, marquise, vous rappeler mes théories à cet égard ? » Un appel plus strident de la sirène le fit sursauter…

… et lui coupa la parole. À ce moment, le capitaine Bourlingue, commandant du Yémen, parut à la coupée du bateau, et, avec un fort accent marseillais, cria : « Lieutenang, il faut embarquer ; pas moyeng…

« … d’attendre davantage vos tire-au-flang. » La scène habituelle des adieux se déroula. La marquise fut copieusement embrassée par Bertrand et sa femme, par l’excellent M. Proey-Minans,…

… et même, à sa grande surprise, par le capitaine Bourlingue, qui s’était avancé jusqu’au groupe de nos amis. « Té, fit ce marin jovial, puisqu’on embrasse le domestique, on peut bien embrasser le commandant ; et ce sera peut-être…

« … la seule fois de sa vie que le commandant aura eu l’occasion d’embrasser une marquise. » Ce fut dit avec tant de rondeur et de bonhomie que M de Grand-Air ne put s’empêcher de sourire et serra avec sympathie la main…

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