‹ Bécassine chez les TurcsChapitre 31 sur 61 · 31

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… le goût des corsets montants, ça n’est pas agréable à porter. Moi, je restais plantée comme un piquet devant le commandant, ne sachant s’il fallait partir ou demeurer, quand il m’a dit : « Viens te promener avec moi, Bécassine-Hanoum. »

Et il m’a prise par le bras. C’est tel que je vous le raconte : j’ai eu l’honneur de faire le tour du pont au bras d’un commandant de la marine française ! Qu’est-ce qu’ils auraient dit s’ils avaient vu ça, les gens de mon pays natal de Clocher-les-Bécasses…

… qui, lorsque j’étais haute guère plus que trois pommes, se moquaient déjà de moi et prétendaient que, toute ma vie, je serais bonne bien juste à me promener avec des oies !

Tout en faisant notre tour, le commandant me parlait de la fin de notre traversée, qui n’allait plus être longue, des endroits qu’on verrait. Je répondais : « Oui, commandant. Parfaitement, commandant. » Mais je dois avouer que j’étais à autre chose.

Il s’en est aperçu. « Tu ne m’écoutes pas. Qu’est-ce que tu regardes ? » a-t-il demandé. Ce que je regardais, c’était un matelot qui marchait en avant de nous, portant une petite malle de bois, et qui avait vraiment une drôle de tournure, pas du tout la tournure d’un matelot.

Il marchait comme quelqu’un qui n’a pas sa raison, ou qui n’a pas ses yeux. Il se cognait dans d’autres matelots, ou dans les mâts, ou dans les cheminées. À un moment, il a tapé dans un paquet de cordages et il a failli s’étaler par terre.

Àtout ce qu’il cognait, même aux objets, il disait : « Je suis désolé… Veuillez m’excuser… Vous ai-je fait mal ? »

Puis, il s’est retourné, et c’est sur nous qu’il a cogné ; le commandant a failli recevoir la malle en pleine figure. Il a repiqué une colère, une vraie. Il a crié : Diable de maladroit !… Qu’c’est qu’un matelot comme ça ?… Flanquerai aux fers ! »

Maintenant, je voyais le matelot de face, je l’ai reconnu et j’ai dit : « Tiens, c’est M. Proey-Minans ! » Ça a calmé aussitôt le commandant. « Mais oui, a-t-il fait, c’est M. Proey-Minans, sous un nouveau déguisement,…

« … et qui lui va, ma foi, fort bien. Toutes mes félicitations, cher monsieur. — Merci, commandant ; mais je vous poserai une question, si vous le permettez : je cherche mon groupe, j’ai perdu mon groupe, pourriez-vous me dire où est mon groupe ? »

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