‹ Bécassine chez les TurcsChapitre 32 sur 61 · 32

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Avant de vous parler du groupe que réclamait M. Proey-Minans, il faut que je vous dise un peu ce qu’était devenu ce bon cher monsieur depuis notre embarquement. À ce moment, vous vous rappelez, il était déguisé en domestique

Au repas qui a suivi notre arrivée, et que mes maîtres ont pris avec les officiers, il a voulu rester conséquent avec son costume, et il a commencé d’aider au service, comme je faisais moi-même.

Seulement, le métier de valet de chambre, c’est comme tous les métiers, ça a besoin de s’apprendre, et M. Proey-Minans n’a pas eu l’apprentissage. En plus, il est myope à ne pas distinguer un pissenlit d’une citrouille.

Alors, il faisait de ces bêtises pour lesquelles on a ses huit jours chez les meilleurs maîtres. Il versait le vin à côté des verres,…

… il remportait les plats pleins à l’office et il tendait les vides aux convives.

Àun moment où, par extraordinaire, il passait un plat qui contenait quelque chose, il l’a flairé, il a pris un air d’écœurement et il a dit : « Quelle abominable odeur ! Ma cuisinière sait pourtant bien que je ne puis souffrir l’ail ! »

Il faut dire que la cuisine du Yémen, c’est ail, et ail, et encore ail, au goût du commandant, qui n’est pas de Marseille pour rien. Celui-ci a commencé de bougonner : « Qu’c’est qu’un domestique comme ça ? S’pèce d’empoté, malappris !…

« … Flanquerai aux fers ! » Juste à ce moment, M. Proey-Minans, qui est distrait plus encore que myope, a achevé d’oublier le rôle qu’il jouait, et, se trouvant devant une place restée vide, il s’y est assis, bien tranquillement.

Du coup, le commandant a failli éclater. Heureusement, ma maîtresse était sa voisine. Elle lui a dit tout bas quelques mots d’explication qui l’ont calmé, et l’incident n’a pas eu de suite.

Le jour suivant, nous avons vu M. Proey-Minans se promener sur le pont, d’abord en soldat anglais…

… et un peu plus tard, en Turc, ou Arbi, je ne sais pas au juste, enfin une espèce de mendiant tout affreux et dépenaillé. Ben Kaddour s’est précipité, le prenant, de loin, pour un de ses compatriotes.

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