33
… mais quand il a été près de lui, il a dit : « Ça y être le bon vieux monsieur. » Et il est venu me rejoindre. C’est drôle : M. Proey-Minans se donne beaucoup de peine pour se déguiser, et cependant, on le reconnaît toujours. Pendant que pour s’exercer à son métier de contre-espionnage, il jouait ainsi au mardi-gras,…
… nous autres, nous écoutions un lieutenant nous expliquer ce que nous aurions à faire en cas de torpillage. Chacun fait partie d’un groupe ; au signal d’alarme, les groupes doivent se former à l’endroit qu’on leur a indiqué, et puis, il n’y a plus qu’à obéir au chef du groupe. Oh ! c’est bien arrangé ! Zidore, Stentor, Ben Kaddour et moi, nous nous sommes mis ensemble étant du même groupe n 5.
L’officier appelait : « M. Proey-Minans, chef du groupe n 5… Où est M. Proey-Minans ? »
« — Voilà, voilà » a-t-il crié, et il est accouru aussi vite qu’il put, en se cognant, naturellement, dans tous les obstacles qu’il a rencontrés.
Le lieutenant a paru surpris de le voir accoutré comme il était, mais il n’a rien dit : on est si poli et si gentil dans la marine ! « Lieutenant, lui a demandé M. Proey-Minans, ne pensez-vous pas qu’il vaudrait mieux désigner un autre chef ? Serai-je à la hauteur de ma fonction ?
« — Nous vous aiderons, cher monsieur. — Et puis, moi, je suis là… La, si, sol, do, » a chanté Stentor, qui aime bien faire l’important.
Tout le monde a assuré M. Proey-Minans qu’il commanderait très bien le groupe n 5. J’ai dit, comme les autres, par politesse, mais entre nous, j’ai pas confiance. C’est un homme bien savant, mais si myope et si distrait que des fois il en paraît, si je peux dire, toqué.
Déjà je n’étais pas rassurée de l’avoir pour chef, je le suis encore moins depuis que je l’ai vu courir comme un affolé après son groupe, le jour de la fausse alarme.
Je me demande ce qui arriverait s’il y en avait une vraie, d’alerte. Et certainement, il va y en avoir une, mon flair me le dit, j’en ai le pressentiment, j’en rêve la nuit, et ça me donne des cauchemars épouvantables.