‹ Bécassine chez les TurcsChapitre 47 sur 61 · 47

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… s’exclama celui-ci. — Et c’est fort cette drogue-là ? questionna Zidore. — Très fort : trois gouttes donnent un bon sommeil. Le double ferait dormir un homme pendant vingt heures. » Alors Zidore brandit la fiole. Avec une…

… gravité impressionnante, il dit : « Notre liberté est là-dedans, et c’est mamzelle Bécassine qui l’en fera sortir ! » Puis il prit à part la brave fille, et il eut avec elle un entretien à voix basse.

Bécassine donnait les marques d’une violente agitation. Elle balbutiait : « J’saurai pas… J’oserai jamais… Tu m’jures qu’ça leur fera pas de mal ?… J’veux pas être une assassineuse. » Enfin elle murmura : « Puisqu’il y a pas d’autre moyen…

« … j’consens à essayer. — Ça vous vaudra la croix de guerre », assura Zidore. Le restant de la nuit se passa sans incident. Peu après l’aube, le nègre vint réclamer la comtesse pour l’aider à préparer kaoua (le café).

Il insista : « Li chef avoir commandé kaoua mode française ; moi pas savoir faire. Moi bien content apprendre, et boire bon kaoua mode française. » Dans sa joie, il esquissait un pas de bamboula.

Bécassine se dit que ce nègre n’était pas si terrible qu’il en avait l’air ; puis elle se mit en devoir de moudre le café.

Elle procédait à son travail avec une sage lenteur, très émue, retardant le moment de l’acte qu’elle avait à accomplir. Lentement, elle versa l’eau bouillante dans le filtre. Avec une joie enfantine, le nègre suivait tous ses mouvements.

Malgré le courant, le bateau, mû par son hélice, avançait rapidement. Des châteaux-forts en ruines, des villages à coupoles et à minarets apparaissaient sur les deux rives ; le nègre les nommait au passage. Bécassine commençait à s’inquiéter de sa surveillance.

Mais l’autre matelot l’appela. Alors, le cœur battant, la main tremblante, Bécassine versa dans le café presque toute la potion calmante de M. Proey-Minans.

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