‹ Bécassine chez les TurcsChapitre 54 sur 61 · 54

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Nous sommes entrées dans la maison, Féridjé et moi. Elle m’a montré d’abord la chambre de son mari, le selamlik, que ça s’appelle. C’était meublé de divans, de tapis épais. C’est là-dessus que dorment les Turcs.

Et bien sûr, ça ne vaut pas nos bons lits de France, surtout ceux de mon pays de Bretagne. Mais, n’est-ce pas, en temps de guerre, on ne peut pas être exigeant sur le confortable. La maison de Mourad était bien suffisante pour nous, pauvres évadés.

Tout en visitant, j’ai dit : « Voilà la question du logement réglée, mais nous allons vous faire de la dépense, et nous n’avons guère d’argent ; comment qu’on pourra vous payer ? — C’est pas la peine d’en parler… »

… répondait Féridjé, qui n’est pas regardante. J’ai insisté. Elle a remis son voile, nous sommes allées causer de ça avec son mari. Il faisait faire à nos amis le tour du propriétaire et leur montrait ses champs. Faut être juste : comme entretien, ça laissait…

… à désirer. Mais quelle belle terre ! Mon amie Virginie Patate en aurait été suffoquée d’admiration ; là-dedans tout poussait tout seul : le grain, les légumes, la vigne ; et les volailles se promenaient, trouvant leur pâturage engraissant toutes seules aussi.

« Mes compliments, mon cher monsieur Mourad, disait M. Proey-Minans, voilà d’admirables choux-fleurs. — Ce sont des artichauts, rectifiait le Turc.

« … Cela se vend bien à Constantinople ; mais il faut y aller ; or, je me fais vieux, et Féridjé marche difficilement. » Alors, je me suis avancée, et j’ai dit que nous autres nous pouvions bien nous charger de la vente, que nous paierions ainsi notre logement et notre nourriture. Mourad faisait des objections : ce n’était pas prudent ; nous risquions d’être reconnus pour Français, arrêtés.

Mais mes compagnons et moi brûlions d’envie de voir Constantinople. Nous avons décidé notre hôte. Il a expliqué à Ben Kaddour ce qu’il aurait à dire. Nous autres, nous ne devions pas même ouvrir la bouche. Tout étant bien convenu ainsi, le lendemain matin…

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