‹ Bécassine chez les TurcsChapitre 55 sur 61 · 55

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… nous avons fait nos préparatifs pour aller en ville. Féridjé m’a voilée. Il n’y avait plus que M. Proey-Minans qui n’avait pas l’air turc. Il a eu une drôle d’idée…

… il a voulu se costumer, lui aussi, en femme turque. Il m’a expliqué : « Ça me sera plus commode pour tout observer en pays ennemi. »

On est habitué à ses bizarreries, on l’a laissé faire ce qu’il voulait. Pendant qu’aidé de Mourad, il mettait son déguisement, nous, nous chargions les légumes sur un petit âne appartenant à nos hôtes. Et puis nous nous sommes mis en route.

Rien à dire du trajet dans la campagne, sauf que M. Proey-Minans, voyant encore plus mal que de coutume, à cause de son voile, manquait tout le temps de nous perdre. À la fin, nous lui avons fait prendre la queue de l’âne ; il a été enchanté.

… parce qu’il n’avait plus à s’occuper du chemin, qu’il se faisait tirer dans les montées, et il a déclaré que jamais plus il ne voyagerait autrement. Le cœur nous battait quand nous sommes entrés en ville ; mais les Turcs ne sont pas curieux ;…

… ceux que nous croisions ne s’occupaient pas de nous ; ils nous regardaient à peine. Zidore marchait en tête de notre cortège, à côté de Ben Kaddour, et grâce aux indications de Mourad, ils se reconnaissaient dans toutes ces rues comme s’ils s’y étaient promenés toute leur vie.

Ce que c’est beau d’être intelligent ! Enfin, nous sommes arrivés à une espèce de marché, avec des petites boutiques où on vend de tout, et qu’on appelle un bazar, quoique ça ne ressemble pas du tout à un bazar…

… de chez nous. Nous avons déballé notre marchandise, et nous avons commencé de vendre. Naturellement c’était Ben Kaddour qui faisait le marchand, puisque lui seul…

… sait causer en turc. Il s’en acquittait joliment bien. Les acheteurs se disputaient nos denrées. Il y en avait de blancs, de jaunes, de noirs, avec des costumes extraordinaires…

… un vrai mardi-gras, quoi ! J’étais contente, je n’aurais pas changé ma place pour un fauteuil de première au cinéma. Et puis tout d’un coup, je me suis sentie glacée d’effroi.

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