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Le vieux monsieur continua à ne pas dire un mot, mais, de surprise, il laissa tomber sa tasse.
Mehmet répétait : Am-stram-gram ! Am-stram-gram ! puis, il s’écria : « Ce sont des Tataratafghans ! » Et il expliqua que les Tataratafghans étaient une tribu turque qui perchait, il y a des siècles, sur la pointe de je ne sais plus quelle montagne d’Asie. Il ajouta : « Un illustre professeur allemand a consacré sa vie à étudier la langue des Tataratafghans. Les mots Am-stram-gram sont les plus usuels…
« … de cette langue. Cette femme a dit Am-stram-gram, donc, elle est de race tataratafghane, comme aussi, sans doute, ses compagnons. »
« C’est évident c’est évident ! » approuva Ernest-Pacha.
Cependant, le vieux monsieur s’était levé et, très grave, prononçait sa sentence. Vu que nous étions peut-être de vieille race turque, il y avait lieu de ne pas nous molester ; mais vu que nous n’étions peut-être pas de cette race, il y avait lieu…
… de ne pas nous relâcher ; alors, on nous placerait dans un camp de concentration. Nous nous sommes inclinés, en criant : Am-stram-gram ! ce qui était notre manière de remercier. Puis, sous la conduite des zaptiés, nous sommes partis pour le camp de concentration…
… qui est presque à la porte de Constantinople. Nous y avons passé quelques jours, pas trop mal, ma foi. J’avais quitté mon voile, en faisant raconter par Ben Kaddour que les femmes Tata…, etc., se cachaient rarement la figure…
M. Proey-Minans avait acheté le costume d’un prisonnier circassien et il était enchanté d’avoir un déguisement de plus. À la fin de notre première semaine de détention, nous avons vu arriver Ernest-Pacha.
Saluant avec respect notre chef de groupe, il lui dit : « Éminence, j’ai pu vous faire désigner tous cinq pour être d’un convoi qu’on espédie en Macédoine. » Il jeta à l’entour un coup d’œil soupçonneux, et voyant que personne ne nous…
… surveillait, il ajouta à voix basse : « Vous serez tout près des lignes alliées, tâchez de les atteindre… » Déjà M. Proey-Minans lui serrait la main avec effusion et lui promettait de le recommander à M. Clemenceau, dont il est grand ami.
Ce serait trop long de vous raconter notre voyage. Ça a pris pas mal de temps, on s’est servi à peu près de tous les moyens de transport, depuis le chemin de fer jusqu’à la charrette à buffles, qui, sans être bien confortable, vous secoue, en somme, moins qu’un taxi de Paris.